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Au Canada, des écarts persistants dans le traitement judiciaire des citoyens noirs suscitent de vives inquiétudes. En Ontario, leur présence accrue parmi les accusés et la lenteur des procédures interrogent l’équité. La Coalition des Noirs francophones de l’Ontario appelle à des réformes concrètes.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Les données récentes de Statistique Canada, publiées en janvier et mars 2026, soulignent une réalité préoccupante au sein du système judiciaire canadien : la surreprésentation marquée des personnes noires devant les tribunaux, notamment en Ontario.

Entre 2016-2017 et 2022-2023, elles représentaient 10,6 % des accusés en Ontario, alors qu’elles ne constituent que 4,9 % de la population adulte de la province. Un écart significatif qui soulève des questions profondes sur l’équité du système judiciaire. À cela s’ajoute un autre indicateur préoccupant : les dossiers impliquant des personnes noires prennent en moyenne 54 jours de plus à être traités que ceux des personnes non noires, soit 219 jours contre 165 jours.

Face à ces constats, la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO) a tenu une conférence de presse, le jeudi 9 avril, afin d’alerter les autorités et de proposer des pistes de solutions. Sa présidente, Julie Mbengi Lutete, n’a pas caché son inquiétude.

« Ce sont des résultats alarmants, a-t-elle déclaré. Notre objectif aujourd’hui est d’interpeler les membres des gouvernement fédéral et provincial pour qu’ils puissent agir et poser des actions concrètes. »

Parmi les mesures proposées, la Coalition plaide pour la création d’un bureau d’aide juridique dédié aux Noirs francophones de la province. Une telle structure permettrait d’assurer une représentation en français à toutes les étapes du processus judiciaire, tout en répondant aux réalités particulières de cette clientèle.

L’organisation appelle également à la mise en place d’un comité de suivi permanent composé d’experts. « Le problème persiste depuis longtemps. Une solution durable doit provenir d’un comité permanent », insiste Mme Mbengi Lutete. Ce comité aurait pour mission d’élaborer des stratégies à long terme et de suivre leur mise en œuvre.

Une autre recommandation clé concerne l’amélioration de la collecte de données. La Coalition souhaite documenter plus précisément la situation des Noirs francophones dans le système judiciaire et carcéral afin de mieux comprendre et corriger les disparités. « Le but serait de souligner et de corriger les inégalités spécifiques vécues par les Noirs francophones », précise-t-elle.

Une table ronde est d’ailleurs prévue à la fin du mois d’avril. Elle réunira des représentants municipaux, provinciaux et fédéraux ainsi que des experts juridiques et des membres des forces de l’ordre. L’objectif : engager un dialogue concret et coordonné autour de solutions durables.

Au-delà des chiffres, la Coalition souhaite également donner la parole aux personnes directement touchées. Des consultations communautaires sont prévues afin de recueillir des témoignages. « Elles sont très nombreux », souligne Julie Mbengi Lutete. Elle évoque notamment des parents dont les enfants sont impliqués dans le système judiciaire, ainsi que des jeunes confrontés à des problèmes de santé mentale non pris en charge à temps, les menant parfois vers des démêlés judiciaires.

Lors de la conférence, des voix du public se sont également fait entendre. Un enseignant a notamment exprimé ses inquiétudes face aux réalités observées dans les écoles, rappelant les conclusions du rapport Ce que nous avons entendu, publié en 2023 par la Commission ontarienne des droits de la personne, qui dénonçait déjà le racisme envers les élèves noirs dans le système éducatif.

Pour la Coalition, la problématique dépasse largement une seule communauté. « Cela ne touche pas seulement la communauté noire. Chaque communauté devrait être alarmée », a conclu Mme Mbengi Lutete.

Photo : De gauche à droite : Jean-Claude N’da, président de l’ACFO-Toronto ainsi que Juliette Mbgeni Lutete et Marlène Thélusma Rémy, respectivement présidente et secrétaire de la CNFO (Crédit : CNFO)