Alexia Grousson
Dans le cadre des États généraux de l’Ontario français, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a publié le Livre vert, qui synthétise les constats issus des consultations et souligne à la fois les fragilités et les leviers d’action de la communauté franco-ontarienne.
« Ce Livre vert ne vient pas clore la conversation. Il vient plutôt nommer les grands constats qui se dégagent, fait ressortir les tensions qui traversent notre développement, met en lumière les leviers à notre portée et, surtout, ouvre un dialogue exigeant sur les choix que nous devons désormais assumer ensemble », a déclaré Fabien Hébert, président de l’AFO, par voie de communiqué le 9 avril.
La francophonie ontarienne se trouve à un tournant critique, confrontée à un recul relatif de sa population, au vieillissement démographique, à une transmission linguistique fragilisée et à une assimilation progressive qui menacent son influence politique, institutionnelle et culturelle. Les jeunes, de plus en plus bilingues et guidés par des considérations pratiques, témoignent d’un fossé entre identité et pratiques, tandis que les aînés nécessitent des services adaptés pour rester pleinement inclus.
L’immigration francophone apparaît comme un levier indispensable pour assurer la continuité de la communauté, mais son succès dépend de la création de milieux de vie complets, incluant logement, éducation, emploi, services et culture. L’identité franco-ontarienne doit évoluer vers un modèle inclusif, capable d’intégrer les nouvelles trajectoires sans perdre la mémoire collective, et la continuité linguistique repose sur des parcours éducatifs cohérents et des espaces culturels favorisant engagement et appartenance.
De même, les services en français, bien que présents, restent dispersés, peu visibles et insuffisamment coordonnés, limitant l’accès réel aux soins, à l’éducation et aux activités culturelles, et accentuant les inégalités territoriales. Les consultations recommandent de transformer cette offre en parcours continus et lisibles, équitables et adaptés aux publics et aux réalités régionales, afin de consolider l’enracinement et la vitalité de la communauté.
La capacité collective de la francophonie ontarienne est également mise à l’épreuve par la dispersion et la fragilité des structures communautaires. Les organismes, souvent en mode survie, manquent de vision globale et d’outils de coordination, ce qui freine l’innovation et la planification stratégique.
Les consultations soulignent l’importance de mutualiser certaines fonctions tout en préservant les ancrages locaux, de diversifier les sources de financement et de renforcer les structures en tenant compte de la diversité croissante, incluant jeunes, nouveaux arrivants et milieux éloignés. L’objectif est de bâtir un réseau francophone capable d’agir collectivement, de planifier, d’arbitrer, de suivre et de soutenir les maillons fragiles, afin d’assurer une francophonie durable et inclusive.
Enfin, la gouvernance apparaît comme un levier central pour transformer les constats en décisions concrètes. Elle doit articuler niveaux provincial et régional, relier les secteurs et les territoires, clarifier les rôles de l’AFO, des réseaux, des organismes et des gouvernements, et intégrer la reddition de comptes comme condition de confiance. Cette gouvernance doit refléter la diversité réelle de la communauté et soutenir l’innovation, la consolidation des structures fragiles et le suivi des priorités, afin de garantir une capacité collective durable face aux mutations démographiques, territoriales et institutionnelles.
Le Livre vert conclut sur un constat clair : la francophonie ontarienne ne peut plus se contenter d’ajustements ponctuels. Elle doit choisir entre une gestion marginale et une transformation structurante.
Quatre chantiers prioritaires se dégagent : réussir l’immigration tout en renforçant l’appartenance francophone ; rendre les services visibles, accessibles et cohérents ; consolider les structures pour accroître la capacité d’action collective ; et mettre en place une gouvernance capable de transformer les constats en décisions concrètes. Ces chantiers visent à mobiliser la communauté et ses institutions pour passer du diagnostic à l’action et assurer le renouvellement, la vitalité et la pérennité de la francophonie ontarienne.
Photo : L’équipe de l’AFO était dans le Centre-Sud-Ouest ontarien depuis une semaine dans le cadre des États généraux. (Crédit : AFO)






