Chrismène Dorme
Le numérique redessine les frontières culturelles à une vitesse fulgurante et la francophonie torontoise entend bien ne pas rester en marge. Le jeudi 23 avril, le Club canadien de Toronto (CCT) a réuni des acteurs clés, créateurs et décideurs autour d’une conférence ambitieuse : « Faire rayonner la francophonie à l’ère du numérique ». Un rendez-vous stratégique qui a souligné les défis, mais surtout les opportunités d’une présence francophone forte dans un écosystème global dominé par l’anglais.
Organisé en partenariat avec la Délégation générale Wallonie-Bruxelles au Québec/Canada, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) et le gouvernement de l’Ontario, ce déjeuner-conférence a rassemblé un public diversifié.
Au cœur des échanges, quatre voix aux parcours complémentaires : Sylvie Painchaud, directrice générale du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne; Geneviève Trilling, figure bien connue du milieu artistique franco-ontarien; Élisabeth Degryse, récemment nommée ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles; et Philippe Blanchard, artiste multidisciplinaire basé à Toronto.
Ensemble, ils ont abordé des enjeux cruciaux : la « découvrabilité » des contenus francophones face aux algorithmes des grandes plateformes, autrement dit la capacité des œuvres en français à être trouvées et mises en valeur face à la concurrence mondiale, les stratégies d’exportation culturelle dans un marché globalisé et la nécessité de créer des synergies durables entre institutions, universités et industries créatives.
Pour Alexis Maquin, directeur général du CCT, l’objectif était clair : établir des ponts entre réalités ontariennes et belges. « Nous faisons face à des défis similaires, notamment dans la diffusion de contenus francophones dans un univers numérique largement anglophone », explique-t-il. À l’image de la Belgique, pays fédéral trilingue, l’Ontario doit elle aussi composer avec une pluralité linguistique et culturelle dans un environnement numérique souvent uniforme.
La présence de Sylvie Painchaud a permis de mettre en valeur les initiatives déjà en cours au Canada pour soutenir la diffusion numérique francophone, notamment face aux géants du Web. Une réalité qui impose aux créateurs et institutions de repenser leurs stratégies pour exister et se démarquer.
Mais au-delà des constats, la rencontre a surtout ouvert la voie à des collaborations concrètes. Une séance de réseautage a permis aux participants de tisser des liens, certains ont débouché déjà sur des perspectives d’affaires. « Des membres de la délégation belge m’ont approché pour trouver des partenaires à Toronto dans le domaine du numérique », souligne Alexis Maquin. Une illustration tangible du potentiel de ces échanges.
La relève étudiante a également occupé une place importante dans les discussions. Pour le Club Canadien, intégrer ces jeunes talents dans les stratégies de rayonnement francophone est essentiel. Leur présence témoigne d’une pépinière dynamique, prêt à contribuer à la diffusion de la culture francophone à l’international.
Dans cette optique, les institutions culturelles locales comme Le Labo, le Théâtre français ou l’Alliance française jouent un rôle clé également. D’ailleurs, plusieurs participants ont prolongé l’expérience en visitant les installations du Labo, et renforcent ainsi le lien entre réflexion et pratique.
Loin d’être un événement isolé, cette conférence marque le début d’une série d’initiatives. « Nous espérons que ce n’est que le commencement », affirme Alexis Maquin. L’ambition est claire : accompagner les délégations internationales, favoriser le maillage d’affaires et structurer un réseau francophone solide à Toronto.
Dans un monde numérique en constante mutation, la francophonie torontoise semble bien décidée à faire entendre sa voix et à la faire rayonner au-delà des frontières.
Photo : Les panélistes débattent des enjeux liés au rayonnement de la francophonie dans l’espace numérique. (Crédit : CCT)






