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Chrismène Dorme

Le Centre Harbourfront de Toronto a vibré au rythme des livres et des voix francophones le 13 mai dernier, à l’occasion du festival de la Forêt de la lecture, organisé par l’Association des bibliothèques de l’Ontario. Depuis une trentaine d’années, l’initiative annuelle rassemble des centaines de jeunes autour d’une même passion : lire en français.

Cette année, plus de 700 enfants ont participé au festival, un record depuis la pandémie. Pour Karen Devonish-Mazzotta, co-présidente de la Forêt de la lecture, cet engouement démontre toute l’importance de la rencontre.

« Cela témoigne littéralement de la force de ce programme qui rassemble les élèves qui aiment lire en français, souligne-t-elle. Notre objectif est de rassembler les communautés afin qu’elles puissent lire en français en Ontario. Nous avons même des participants qui viennent d’autres provinces. »

Le festival souligne la littérature jeunesse canadienne-française par le biais de plusieurs programmes, les prix Mélèze et Tamarac, et le prix Peuplier, pour les tout-petits. Pour chacun d’eux, dix ouvrages sont sélectionnés chaque année.

Le Prix Mélèze s’adresse aux jeunes lecteurs débutants avec des romans courts de moins de 100 pages, tandis que le Prix Tamarac cible des lecteurs un peu plus avancés avec des histoires abordant des thèmes variés comme l’école, les activités parascolaires, le déménagement, la perte d’amis, les émotions ou encore les inégalités sociales.

Au-delà du plaisir de lire, le festival joue aussi un rôle important dans la promotion de la langue française en milieu minoritaire. Karen Devonish-Mazzotta rappelle que la lecture en français dépasse largement le cadre scolaire.

« Nous savons que les enfants ont davantage tendance à lire en anglais qu’en français. Pour les francophones en milieu minoritaire, lire en français représente une appartenance culturelle et identitaire importante. Trouver un texte qui reflète leur vécu, leurs expériences et leurs intérêts est essentiel », explique-t-elle.

Mme Devonish-Mazzotta insiste également sur la nécessité de créer des espaces sécurisants et ludiques où les jeunes peuvent développer leur confiance tout en célébrant leur langue et leur culture.

La sélection des livres repose sur le travail d’un comité de bénévoles issus du milieu des bibliothèques. Des dizaines d’ouvrages récemment publiés sont évalués selon leur qualité littéraire ainsi que l’authenticité des voix et la diversité des représentations.

« Tous les auteurs sélectionnés sont Canadiens, précise Mme Devonish-Mazzotta. Nous voulons offrir des livres qui représentent bien la diversité des enfants et des familles canadiennes, avec une variété de genres et de milieux. Tout cela contribue à donner le goût et la joie de lire en français. »

Le choix des gagnants se fait ensuite en deux étapes. Après la présélection des dix livres finalistes pour chaque catégorie, les enfants lisent les ouvrages pendant plusieurs mois avant de voter à la fin du mois d’avril. Ils ont également l’occasion de rencontrer les auteurs.

« Les jeunes sont souvent très heureux de savoir que c’est leur choix qui a remporté le prix », raconte la coprésidente.

Déjà tournée vers l’avenir, l’équipe de la Forêt de la lecture prépare la prochaine édition. Karen Devonish-Mazzotta prévoit notamment de se rendre au Yukon afin de former des enseignants et de promouvoir davantage la lecture francophone à travers le pays.

« Notre objectif est d’offrir une plus grande diversité de livres et de développer davantage de partenariats avec d’autres communautés francophones afin de contribuer à l’écosystème de la littérature en français », conclut-elle.

Photo : Les jeunes réunis lors d’une discussion avec les auteurs (Crédit : Yvonne Bambrick)