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Chrismène Dorme

Prendre les transports en commun à Toronto, c’est traverser des mondes qui coexistent sans toujours se rencontrer. Du centre-ville aux périphéries telles que Brampton ou North York, les conversations changent, les visages aussi. Entre retards, promiscuité et instants suspendus, le réseau de la Commission de transport de Toronto (TTC) devient un théâtre discret où se joue, chaque jour, le rythme réel de la métropole.

Sur un quai bondé, les gens se regardent à peine. Les annonces se font entendre dans le bruit, parfois difficiles à comprendre. Pourtant, chacun vit la ville à sa façon. Pour Elaiza Jean-Charles, le métro est essentiel et fait partie de sa routine. Chaque matin, elle quitte Brampton avant l’aube pour aller travailler à North York. Son trajet, avec autobus et correspondances, peut durer deux heures, un temps suspendu entre obligations et fatigue. « Parfois, je passe plus de temps dans les transports qu’au calme chez moi », confie-t-elle.

Les retards, les stations bondées et les annonces d’incidents font partie de son quotidien. « Des petits retards peuvent avoir un impact sur tout mon trajet », ajoute Mme Jean-Charles. Quand son premier autobus arrive en retard, toute la chaîne se dérègle, avec parfois 30 minutes de décalage à l’arrivée. Dans ces moments, le stress s’ajoute à la fatigue. Les correspondances manquées, les quais remplis et les trains bondés deviennent de vrais obstacles.

« On voit aussi la fatigue sur les visages », remarque-t-elle. Pour Elaiza Jean-Charles, les transports reflètent Toronto, une ville toujours en mouvement, mais sous tension. Le soir, la lassitude rend les trajets encore plus difficiles, comme si la journée ne s’achevait jamais vraiment.

Face à ces défis, les autorités promettent des améliorations. Après 15 ans de travaux et de tests, la ligne de train léger Eglinton Crosstown a été inaugurée le dimanche 8 février. Exploitée par la TTC, elle doit transporter plus de 123 000 usagers par jour en semaine et réduire significativement le temps de trajet entre Kennedy et Mount Dennis, avec près d’une heure gagnée pour certains usagers.

Lors de l’inauguration, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a réaffirmé l’engagement du gouvernement : investir massivement dans les infrastructures pour soutenir travailleurs et familles. Au total, 70 milliards $ sont annoncés pour développer la plus grande expansion du transport en commun en Amérique du Nord.

Ces investissements visent à répondre à une réalité : une population croissante et des déplacements de plus en plus longs entre banlieues et centre urbain. Mais sur le terrain, les attentes restent élevées. Début décembre 2025, l’ouverture de la ligne Finch West LRT a tout de suite dû faire face aux critiques, notamment pour sa lenteur et des temps de parcours jugés décevants. Pour de nombreux usagers, ces nouvelles infrastructures doivent encore faire leurs preuves. L’écart entre les promesses politiques et l’expérience quotidienne reste un sujet sensible.

À l’inverse de Mme Jean-Charles, Ketia Dormeus découvre le réseau avec un regard neuf. Touriste française, elle visite Toronto avec curiosité. Là où certains voient une contrainte, elle voit une chance. « Parfois, je descends juste pour explorer un quartier ou noter un bon restaurant », dit-elle. Elle remarque quand même qu’« il faut marcher un peu pour rejoindre sa destination ». Les transports ne sont pas un obstacle et « ne m’empêchent pas de visiter la Ville reine », affirme Mme Dormeus.

Un même réseau peut offrir des expériences très différentes. Pour certains, il représente les contraintes du quotidien, entre horaires, correspondances et fatigue. Pour d’autres, il permet de découvrir la ville et sa diversité. Dans tous les cas, autobus, métro et trains racontent Toronto telle qu’elle est : vivante, contrastée et profondément humaine.

Photo : Des tramways se rencontrent au coin des rues Church et Queen. (Crédit : C. Dorme)