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Chrismène Dorme

Former plus d’enseignants, de juristes et de gestionnaires francophones : voilà l’objectif au cœur de la nouvelle alliance conclue entre l’Université d’Ottawa et l’Université de l’Ontario français (UOF). Annoncée le 7 mai, cette entente stratégique vise à créer de nouveaux partenariats entre les deux établissements afin de répondre aux besoins croissants de la francophonie ontarienne et du marché du travail en français dans le Grand Toronto.

Cette collaboration prévoit notamment la création de passerelles académiques, de parcours intégrés et de mécanismes de reconnaissance des crédits afin de faciliter la mobilité étudiante entre Ottawa et Toronto. Les deux universités souhaitent également développer des projets de recherche conjoints et consolider l’offre de programmes en français dans des secteurs où la demande est particulièrement forte : l’éducation, le droit et la gestion.

Pour la rectrice et vice-chancelière de l’Université d’Ottawa, Marie-Eve Sylvestre, cette entente s’inscrit dans une mission plus large de soutien aux établissements d’enseignement supérieur francophones en milieu minoritaire.

« Partout au Canada, nous avons signé de nombreuses ententes avec des universités francophones en milieu minoritaire, rappelle-t-elle, évoquant notamment des collaborations à Windsor, Calgary et Regina. On se considère comme un pilier de la francophonie ontarienne et canadienne, mais aussi comme un allié des plus petites institutions. »

L’Université d’Ottawa offre déjà plus de 350 programmes en français, mais l’UOF apporte selon elle une complémentarité stratégique, particulièrement dans des domaines où les besoins en personnel francophone sont criants. En droit, par exemple, des étudiants de l’UOF pourront, après trois années de baccalauréat général, intégrer le programme de Common Law en français à Ottawa. Des passerelles similaires sont envisagées en gestion.

Le secteur de l’éducation représente également un enjeu majeur. « En regroupant nos étudiants, nous aurons des cohortes plus importantes », explique Mme Sylvestre, alors que les écoles francophones de la province peinent à recruter suffisamment d’enseignants.

Au-delà des programmes, cette alliance vise aussi à rapprocher la capitale fédérale de la métropole économique canadienne. « Cela crée un pont avec Toronto et c’est une façon pour nous d’accroître l’accessibilité postsecondaire en français », souligne la rectrice.

Du côté de l’UOF, la vice-rectrice aux études et à la recherche, Isabelle Dostaler, insiste sur les bénéfices concrets pour les étudiants francophones.

« Nous sommes encore une petite université, donc nous ne sommes pas encore en mesure d’offrir toute la panoplie de programmes de l’Université d’Ottawa », reconnaît-elle. Grâce à cette collaboration, les étudiants auront accès à davantage de possibilités académiques et par la même occasion, profiteront d’une plus grande mobilité entre les deux établissements.

Mme Dostaler tient toutefois à rassurer sur l’identité pédagogique de l’établissement torontois. « Les choses ne changeront pas sur la façon d’enseigner à l’UOF », affirme-t-elle. Selon elle, cette ouverture à d’autres entités vise avant tout à mieux répondre aux besoins des étudiants et à leur offrir différentes perspectives.

Les deux dirigeantes voient dans cette entente un geste fort pour l’avenir de la francophonie ontarienne et canadienne. « En tant qu’institutions francophones en milieu minoritaire, il est important qu’on se perçoive comme un seul réseau, main dans la main », affirme Mme Dostaler.

Les deux établissements s’accordent à dire que le succès de cette alliance sera évalué notamment par le nombre d’étudiants qui participeront aux échanges, le développement éventuel de diplômes conjoints et la multiplication des projets de recherche collaboratifs, notamment sur « les enjeux liés à la francophonie en contexte minoritaire », a précisé Marie-Eve Sylvestre.

Avec cette entente, l’Université d’Ottawa et l’UOF misent sur une francophonie universitaire plus forte, plus accessible et mieux adaptée aux réalités de l’Ontario et du Canada. Une alliance qui pourrait redéfinir l’avenir de l’enseignement supérieur en français à l’échelle du pays.

Photo : Marie-Eve Sylvestre et Normand Labrie lors de la signature (Photo : UOF)