Richard Caumartin
Le Salon du livre de Toronto a ouvert sa 33e édition en force du 26 février au 1er mars à l’Université de l’Ontario français, réunissant plus de 75 auteurs sous le thème évocateur « Héritage et patrimoine ». Un rendez-vous désormais incontournable pour la vitalité de la littérature francophone au pays.
Dès la soirée d’ouverture, le ton était donné. Après les allocutions du président Valery Vlad et des partenaires, les projecteurs se sont tournés vers la relève et l’excellence avec la remise du Prix Alain-Thomas 2026, qui souligne la richesse de la création franco-ontarienne, en collaboration avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français et sa directrice générale, Yasmina Boubezari.
Trois œuvres étaient finalistes : la pièce Le volcan de Marie-Thé Morin, le recueil de poèmes L’arbre qui nous écrit de Michel Thérien et le recueil de nouvelles Des silences et des murmures de Maeva Guedjeu. C’est ce dernier recueil qui a conquis le jury, salué pour une écriture incisive et sensible qui « invite le lecteur à écouter ce qui se dit à voix basse ». Une œuvre marquante, à la fois brute et poignante, qui explore les non-dits avec une rare intensité. Absente lors de la cérémonie, l’autrice n’a toutefois pas pu recevoir son prix en personne.
Autre moment fort : la toute première remise des Prix hommage « Héritage et patrimoine », destinés à souligner des parcours marquants dans la préservation de la culture francophone en Ontario ou au Canada. Trois figures majeures ont été honorées : Paul Savoie, Marie-Josée Martin et Patrice Desbiens.
Seul Paul Savoie était présent pour recevoir cet hommage. Il a livré un témoignage chargé d’émotion. « Je suis un vieux de la vieille, et j’ai l’impression d’avoir toujours été ici, raconte-t-il, très ému. Quand j’étais jeune, on nous demandait ce que l’on voulait faire dans la vie. J’en avais aucune idée. Je ne savais jamais quoi répondre. (…) C’est en lisant un poème de Baudelaire que ma passion pour la poésie est née. J’ai continué à écrire et m’intéresser à la littérature et aux arts durant 60 ans. Alors cet hommage du Salon du livre est très spécial pour moi. Cela cristallise un peu ce qu’a été ma vie. »
Pour la directrice générale Eunice Boué, le défi était clair : séduire dès la première soirée pour inciter le public à revenir tout au long du week-end. Pari réussi grâce à une programmation foisonnante, soutenue par 58 bénévoles.
Les activités ont misé sur la diversité : ateliers jeunesse, remise du Prix Jeune talent littéraire, conférences et tables rondes. Parmi les moments marquants, le lancement de Un livre, une communauté : récit collectif des aînés et aînées francophones du Grand Toronto a offert un puissant témoignage intergénérationnel qui a souligné les parcours, les voix et les souvenirs des bâtisseurs de la francophonie locale.
Le samedi a attiré les familles avec l’animation de Josée Leblanc, suivie de discussions engagées, dont une rencontre avec Marcel Pitikwew sur l’héritage autochtone et les enjeux de reconnaissance. La soirée littéraire, animée par la journaliste Martine Laberge, a rassemblé 16 auteurs et marqué le 30e anniversaire des Éditions Bouton d’Or Acadie.
Au final, cette 33e édition confirme le rôle central du Salon comme carrefour culturel, célébrant à la fois la mémoire, la relève et la diversité des voix francophones à travers le pays.
Photo : Le Salon du livre a eu lieu à l’Université de l’Ontario français.






