Un fossé demeure entre des jeunes à l’aise avec l’intelligence artificielle (IA) et un personnel scolaire qui hésite encore à l’intégrer pleinement en classe. Pour répondre à cette réalité, deux organismes ont signé une entente de collaboration afin de renforcer l’offre provinciale de contenus et de formations en IA.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Le Centre franco (Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques) et l’UOF (Université de l’Ontario français) souhaitent unir leurs expertises pour outiller les écoles de langue française et permettre au personnel enseignant d’explorer des ressources riches en français. L’objectif consiste à mieux utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour soutenir la réussite des élèves, tout en assurant un encadrement solide.

Le Centre franco s’est imposé comme une référence en matière de création et de diffusion de ressources pour le système scolaire francophone. Cette nouvelle entente s’inscrit dans la continuité de son mandat. « Nous voulions voir comment nos deux organismes pouvaient être complémentaires dans les services offerts », explique son directeur général et secrétaire-trésorier, Claude Deschamps.

L’ajout d’une dimension universitaire s’est imposé comme une évidence. « Offrir un service est une chose, mais s’appuyer sur la recherche pour valider nos interventions, c’est essentiel », souligne-t-il.

Au cœur du partenariat figure Adopt-IA, un laboratoire de l’UOF consacré aux usages pédagogiques de l’IA aux niveaux élémentaire et secondaire. Pour Jean-Luc Bernard, conseiller spécial aux partenariats à l’UOF, le rapprochement allait de soi.

« L’UOF possède une expertise en développement de l’IA et un laboratoire qui met en valeur des activités et des ressources pour la rendre accessible. Comme faculté d’éducation, il était naturel de créer un lien avec les enseignants qui travaillent sur le terrain », précise-t-il.

Adopt-IA propose des outils pour mieux comprendre l’IA, ses effets sur l’apprentissage et ses implications pour la formation. Le laboratoire s’appuie sur les travaux de recherche du corps professoral et sur une veille constante afin de maintenir les contenus à jour.

« Nous suivons de près les avancées et nous actualisons régulièrement nos ressources », précise M. Bernard. Selon lui, l’entente permet aussi à l’université d’affirmer son rôle dans la francophonie ontarienne : « Nous devons être un acteur actif dans la formation et le développement de ressources en IA, surtout en français. »

Les deux partenaires mettront en commun leurs outils et leurs plateformes, notamment la Zone IA du Centre franco, un espace consacré à l’intelligence artificielle en éducation. Tous deux assurent vouloir demeurer à l’écoute des besoins des enseignants et des conseils scolaires afin d’ajuster leur offre.

Formations

Concrètement, la formation se déploiera en deux volets, financés par le ministère de l’Éducation. Le premier prendra la forme de sessions offertes après les heures de classe. Il s’agira principalement de formations continues et de webinaires en direct au cours desquels des spécialistes présenteront des approches concrètes et répondront aux questions du personnel enseignant.

Le second volet, le projet Tactic, ciblera les conseillers pédagogiques au sein des conseils scolaires. Offert durant la journée, il visera un accompagnement plus soutenu et adapté aux réalités locales.

La question des réticences demeure au centre des préoccupations. Claude Deschamps insiste sur l’importance d’un soutien tangible. « Nous ne pouvons pas proposer des formations sans accompagnement. Nous voulons donner le plus d’outils possible pour que les enseignants se sentent en confiance. » Parmi les initiatives déjà lancées figure « 15 minutes avec l’IA », une capsule pratique qui explique comment utiliser IA en contexte scolaire.

Jean-Luc Bernard abonde dans le même sens. Il rappelle que l’efficacité des formations dépendra de leur adéquation avec les attentes du terrain. « Il faut d’abord comprendre les besoins des membres du personnel éducatif. C’est à partir de là que nous pourrons ajuster le contenu », affirme-t-il.

Le succès de l’initiative se mesurera notamment par le nombre de participants aux formations et par les demandes de suivi au sein des écoles et des conseils scolaires. Quant aux retombées sur la réussite des élèves, elles pourraient se manifester progressivement. « L’impact sera peut-être indirect, mais nous espérons que nos actions auront des effets concrets en salle de classe », conclut Claude Deschamps.

À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les façons d’apprendre et d’enseigner, le Centre franco et l’UOF misent sur une collaboration étroite entre terrain et recherche pour offrir au réseau scolaire francophone des repères clairs et des outils adaptés.

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Photo : Jean-Luc Bernard (Crédit : UOF)