Dans la capitale ontarienne, l’organisme La Maison continue d’agir auprès de femmes marquées par des parcours migratoires et des situations de violence. En s’appuyant sur un accompagnement linguistique et social adapté, l’initiative fédérale DIVI cherche à lever les obstacles à l’établissement et à soutenir une reconstruction durable.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

En ce début d’année 2026, La Maison poursuit ses initiatives en faveur des femmes immigrantes et réfugiées francophones victimes de violence. En janvier, l’organisme a notamment offert plusieurs ateliers gratuits, dont des cercles de conversation en anglais en partenariat avec COSTI Immigrant Services, ainsi que des séances d’information sur le statut d’immigration, en collaboration avec le Centre francophone du Grand Toronto.

Lancé en 2021 et financé par le gouvernement du Canada, le programme DIVI s’adresse aux immigrantes francophones et aux réfugiées âgées de 16 ans et plus, qu’elles soient résidentes permanentes ou réfugiées ayant obtenu le statut légal. Il vise à cerner leurs besoins et à les accompagner vers une intégration durable, en tenant compte de leurs réalités linguistiques, sociales et culturelles.

Pour Prescilla Magne, coordonnatrice du programme, la spécificité linguistique constitue un pilier fondamental de l’approche de La Maison. Elle souligne que le processus de guérison est étroitement lié à la langue maternelle, qui permet aux femmes d’exprimer plus librement leur vécu et de reprendre progressivement le contrôle de leur vie. L’accompagnement en français facilite aussi la compréhension des droits et des options disponibles, tout en créant un environnement plus sécurisant et culturellement adapté.

Les défis auxquels font face les immigrantes et réfugiées francophones demeurent nombreux. La barrière linguistique complique l’accès à un emploi stable, tandis que la crise du logement à Toronto accentue leur vulnérabilité. L’absence de score de crédit pousse parfois certains propriétaires à exiger plusieurs mois de loyer à l’avance, ce qui force certaines femmes à quitter leur logement et à se tourner vers des centres d’hébergement d’urgence.

Les enjeux liés à l’immigration renforcent cette vulnérabilité. « Un statut précaire restreint l’accès à certaines ressources. Par méconnaissance des lois sur le parrainage par exemple, certaines femmes restent dans la violence par peur de perdre leur statut », précise Prescilla Magne.

La reconnaissance des diplômes constitue aussi un frein important. « Malgré des parcours professionnels solides dans leur pays d’origine, les démarches sont longues et coûteuses, poussant certaines à accepter des emplois sous-payés », confirme-t-elle.

Ces difficultés s’accumulent, en particulier pour les mères monoparentales, ce qui alourdit la charge mentale et ralentit les processus d’intégration et de reconstruction. Comme le rappelle Prescilla Magne, l’intégration ne repose pas uniquement sur la volonté individuelle, mais aussi sur les conditions sociales et structurelles dans lesquelles évoluent les femmes.

Pour répondre à ces besoins complexes, La Maison s’appuie sur des partenariats communautaires solides. « Nous ne pouvons pas travailler seules. Il est essentiel de s’inscrire dans une logique de complémentarité », croit Mme Magne.

Le partenariat avec COSTI a permis la mise en place de cercles de conversation en anglais animés par des bénévoles. Le Centre francophone du Grand Toronto intervient, quant à lui, dans les domaines de la santé, du droit et de l’immigration.

« L’objectif est de créer un écosystème francophone solide autour des femmes, afin qu’elles puissent accéder au bon service, au bon moment », résume la coordonnatrice.

Des retombées concrètes

Depuis 2021, le programme DIVI a eu un impact tangible. « Nous avons aidé certaines femmes à briser l’isolement, à accéder à un logement plus stable, à reprendre un emploi et à gagner en autonomie. Notre rôle a été de réduire les obstacles liés au parcours d’immigration pour leur permettre de décider par et pour elles-mêmes », explique-t-elle.

Les ateliers répondent à un besoin urgent d’information. « Avoir les connaissances permet d’agir, de se protéger et de contacter rapidement les bons organismes », précise-t-elle. Un plan d’action est établi dès l’arrivée des participantes, avec la possibilité de revenir vers La Maison lorsque de nouveaux besoins apparaissent.

Sophia, un nom fictif pour préserver l’anonymat de cette bénéficiaire du programme DIVI, témoigne de l’impact de cet accompagnement. « En plus de la barrière de la langue et de l’emploi, j’ai dû faire face à l’isolement social et à la méconnaissance des services disponibles. J’avais aussi du mal à comprendre le système canadien », confie-t-elle.

Les cercles de conversation ont été déterminants. « Ils m’ont permis de m’exprimer librement et de rencontrer d’autres femmes qui vivent des réalités similaires », explique Sophia. Aujourd’hui, elle se sent plus confiante. « Je me sens désormais plus forte. Même si le chemin n’est pas encore terminé, je sais où demander de l’aide. Je ne crains plus de pouvoir m’exprimer. DIVI m’a donné des outils, du courage et de l’espoir pour avancer ».

Malgré ces progrès, les défis demeurent. « La violence envers les femmes est toujours présente, et le financement reste un enjeu majeur pour maintenir la qualité et la continuité de nos services », rappelle Prescilla Magne. La Maison est passée de 20 à 23 lits, mais la demande demeure élevée.

Le programme DIVI devra continuer à évoluer, rester flexible et renforcer ses collaborations communautaires. Le maintien et le recrutement de personnel qualifié dans le milieu francophone représentent également un défi important.

Dans un contexte social et migratoire complexe, La Maison et le programme DIVI demeurent des acteurs essentiels pour accompagner les femmes francophones vers la sécurité, l’autonomie et une intégration durable.

Photo : Prescilla Magne, coordonnatrice du programme DIVI (Crédit : courtoisie P. Magne)