Chrismène Dorme
Dans le paysage culturel francophone de la Ville reine, une troupe continue de faire vibrer la scène locale avec énergie et constance : Les Indisciplinés de Toronto. Bien ancrée dans la vie artistique de la ville, elle ne se contente pas de monter des spectacles qui connaissent un vif succès. Elle tisse aussi, saison après saison, des liens durables entre les artistes et la communauté francophone.
Fidèle à sa mission d’ouverture et de transmission, la troupe propose, à l’heure actuelle, une nouvelle initiative nommée « Jouons ensemble ». L’objectif est simple et ambitieux à la fois : permettre à chacun de découvrir ou redécouvrir le jeu théâtral dans un cadre bienveillant, accessible et stimulant. Ces ateliers, ouverts aux personnes de plus de 16 ans, avec ou sans expérience, se déroulent jusqu’à la fin mai au Collège français.
Derrière ce projet, une volonté claire de prolonger l’élan collectif entre les productions. Geneviève Brouyaux, présidente du conseil d’administration des Indisciplinés de Toronto, revient sur l’origine de cette initiative. « Beaucoup de personnes qui avaient participé à la série précédente ont répété l’expérience », explique-t-elle. Une fidélité qui témoigne d’un réel besoin de continuité. « Au départ, c’était d’engager notre communauté entre les spectacles », poursuit-elle.
Au fil des années, le public a observé un engouement croissant pour la scène, mais aussi une certaine appréhension face aux auditions. « Nous faisons passer des séances d’essai aux amateurs pour nos spectacles. Les gens veulent jouer, mais les auditions sont intimidantes », souligne-t-elle, d’où l’idée de créer un espace sans pression. Lors d’une précédente distribution, une quarantaine de personnes s’étaient présentées. « Les ateliers compensent car tout le monde peut y participer, prendre confiance en eux et explorer le domaine. »
Ici, pas de cours magistral ni de performance attendue. Les ateliers misent sur l’expérimentation et le jeu. « Ce n’est pas un cours, mais une séance créative pour amateurs, avec des jeux de théâtre », précise Mme Brouyaux. L’accent est mis sur l’exploration, telle que sortir de sa zone de confort, libérer sa créativité ou encore apprendre les bases du jeu scénique, savoir se faire entendre ou ne pas tourner le dos au public, etc.
La première séance, tenue le 30 avril, a donné le ton : jeux de scène sans paroles, exploration des émotions à différents degrés d’intensité et premières immersions dans l’imaginaire théâtral. Jusqu’à la fin du mois, les participants seront progressivement guidés vers l’interprétation de courtes scènes avec, en perspective, la possibilité de présenter un mini-spectacle sous forme de saynètes.
Au-delà de la pratique artistique, ces activités sont d’autant plus importantes pour les francophones. « C’est ce qui assure notre survie et permet de garder la communauté engagée », insiste la présidente.
Dans une ville aussi diversifiée que Toronto, où le français se vit souvent en minorité, ces espaces prennent une dimension particulière. « Cela devient un réseau de francophones, mais aussi un groupe d’amis », conclut-elle. Preuve de cette dynamique, un groupe de discussion instantané a même été créé pour partager sorties culturelles et spectacles.
Entre transmission artistique et création de liens humains, Les Indisciplinés de Toronto confirment ainsi leur rôle essentiel, faire du théâtre bien plus qu’un art de la scène, un véritable lieu de rencontre.
Photo : Le groupe participe à jeu théâtral.






