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Une rencontre dédiée à la santé mentale des femmes francophones a rassemblé expertes, intervenantes et participantes autour d’un objectif commun : briser les tabous, renforcer la résilience et promouvoir le pouvoir d’agir, en particulier chez celles issues de l’immigration.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

L’organisme La Maison a célébré les voix féminines lors d’un événement rassembleur placé sous le thème Femmes en force : équilibre, résilience et pouvoir d’agir, au campus de Toronto du Collège Boréal le 25 avril. Cette journée a offert un espace d’échange rare, à la fois intime et engagé.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte préoccupant. En effet, Statistique Canada sonnait l’alarme déjà, dans son Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins (2022) : les jeunes femmes sont les plus susceptibles de répondre aux critères diagnostiques d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété.

Parmi les intervenantes, la criminologue et travailleuse sociale Micheline Yohou Rabet, la directrice générale de l’organisme Up with women Exponenti’elles Lia Grimanis — venue partager son parcours de survivante de violence conjugale et d’itinérance — ainsi que Nawel Bentobbal, thérapeute au Centre francophone du Grand Toronto. Le moment de partage était animé par Maryamou Dieye, qui a donné le ton dès l’ouverture avec un brise-glace invitant chaque participante à exprimer un mot-clé, comme « sécurité », « force » ou « courage ».

Pour Prescilla Magne, coordonnatrice du programme DIVI de l’organisme et organisatrice de l’événement, le choix du thème s’ancre dans des réalités bien concrètes. « Les parcours d’immigration parfois complexes, auxquels peut s’ajouter de la violence conjugale, créent un cumul de défis en matière de santé mentale », explique-t-elle.

Selon l’organisatrice, de nombreuses citoyennes hésitent encore à se tourner vers les services existants, faute d’information ou par crainte du jugement. L’objectif de cette rencontre : « déconstruire les tabous et donner des ressources suffisantes pour favoriser l’accès à des services en santé mentale en français », poursuit-elle.

Si la parole autour de la santé mentale évolue, elle reste inégale. « Certaines arrivent à nommer leur mal-être, d’autres restent dans la retenue », observe Mme Magne. Pourtant, lors de cette rencontre, les participantes n’ont pas hésité à poser des questions, y compris en présence d’hommes.

Pour Micheline Rabet, ces silences s’expliquent en partie par des injonctions sociales contradictoires. « On attend d’elles qu’elles soient fortes, tout en acceptant leur vulnérabilité. » Une pression qui s’accompagne d’une charge mentale importante, souvent exacerbée en contexte migratoire : discrimination à l’emploi, agressions, isolement ou traumatismes transgénérationnels.

« Beaucoup arrivent avec un bagage lourd et se retrouvent isolées émotionnellement », affirme Mme Rabet. Dans ce contexte, l’accès à des services en français devient essentiel pour recréer des liens et briser l’isolement.

Le pouvoir d’agir

Au cœur des échanges, la notion de « pouvoir d’agir » a émergé comme un levier central. « Il ne s’agit pas d’agir seule, mais de comprendre, de se faire accompagner et de prendre sa place », explique Micheline Rabet. Ou la santé mentale est alors envisagée comme un outil d’émancipation.

Plutôt que de centrer les discussions sur la violence, les intervenantes ont choisi de valoriser les capacités et les stratégies d’adaptation. « Nous avons préféré parler de potentiel et non de victimisation », insiste-t-elle. Une approche qui a trouvé un écho auprès des participantes, visiblement touchées de se reconnaître dans les témoignages.

Face à l’engouement suscité, une troisième édition est déjà envisagée. « Il est essentiel de multiplier ces espaces pour normaliser les vécus et favoriser l’entraide », estime Prescilla Magne.

Elle rappelle également le soutien d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, bailleur de fonds du programme, qui accompagne l’installation des femmes immigrantes au Canada.

Au-delà d’une initiative ponctuelle, cette rencontre témoigne d’un besoin croissant : celui de lieux où les femmes peuvent se dire, se comprendre et, surtout, reprendre du pouvoir sur leur trajectoire.

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Photo : Moment d’écoute lors de la conférence (Crédit : La Maison)