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La Passerelle du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) accompagne des mineurs confrontés à des difficultés émotionnelles, sociales ou comportementales. Grâce à un encadrement structuré et humain, l’initiative leur permet de reprendre confiance, de mieux comprendre leurs émotions et de retrouver progressivement leur place à l’école et dans la société.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Chaque matin, avant même le début des cours, certains élèves prennent quelques minutes pour choisir une couleur. Rouge, jaune ou vert, un geste simple pour dire comment ils se sentent. Derrière ce rituel discret se cache toute la philosophie de La Passerelle, un programme qui accompagne des jeunes pour qui l’école est parfois devenue synonyme d’angoisse, d’isolement ou de perte de repères.

Plus qu’un simple soutien scolaire, La Passerelle agit comme un véritable pont entre une période de crise et un retour progressif vers une scolarité plus stable, et est destinée aux élèves de 6 à 17 ans issus des conseils scolaires MonAvenir et Viamonde. Le dispositif est pensé avant tout comme un espace sécurisant et adapté qui, chaque jour accueille ceux pour lesquels le parcours scolaire a été fragilisé par des défis personnels. « Chaque jeune avance à son rythme », tient à rappeler Manoushka Aimable, l’une des responsables du programme.

Pour répondre à leurs besoins, l’initiative repose sur une organisation précise. Deux classes sont réservées aux élèves de l’élémentaire âgés de 10 à 12 ans, tandis qu’une autre accueille les adolescents de 12 à 17 ans. L’encadrement est assuré par une équipe multidisciplinaire composée d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, de professionnels des conseils scolaires, d’une psychologue, d’un pédopsychiatre ainsi que d’intervenants cliniques.

Par exemple, dans les classes élémentaires, chaque groupe compte environ huit élèves, favorisant un suivi personnalisé et un environnement plus calme. « Nous travaillons beaucoup sur les habiletés sociales, en groupe ou en individuel », explique Edhuige Dorval Desmornes, conseillère auprès des familles. Au secondaire, les suivis cliniques individualisés occupent une place encore plus importante afin de répondre aux réalités complexes vécues par certains adolescents.

Dès leur arrivée le matin, les apprenants sont invités à exprimer leurs émotions à travers des outils simples et accessibles. « On peut leur poser des questions telles que : Comment s’est passée la route avant d’arriver à l’école? », illustre Mme Aimable. Ces échanges contribuent à installer un climat de confiance et à encourager les jeunes à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent.

Les difficultés rencontrées par les participants sont nombreuses et parfois lourdes à porter. Les équipes observent fréquemment des comportements d’opposition, de l’agressivité, des troubles anxieux, des conflits familiaux ou encore une profonde tristesse. Chez certains adolescents, des situations de dépendance, de décrochage scolaire ou de pensées suicidaires peuvent également faire surface.

« Ce sont des jeunes qui vivent des défis importants sur le plan comportemental et affectif », souligne Mme Dorval Desmornes. Dans ce contexte, l’approche de La Passerelle dépasse largement le cadre académique. L’objectif est aussi thérapeutique et éducatif : aider les enfants à retrouver un équilibre émotionnel et social durable.

Pour y parvenir, le programme mise sur des activités concrètes et adaptées à chaque profil. Les habiletés sociales, telles que la gestion de la colère, la résolution de conflits, le respect des règles sociales ou encore l’expression de soi à travers l’art et le bricolage, occupent une place centrale.

Les résultats, eux, se construisent progressivement. Bien que l’initiative n’ait pas de durée fixe, l’accompagnement s’étend souvent sur au moins deux ans. Au fil du temps, les intervenants constatent une meilleure gestion des émotions, une diminution des comportements problématiques et un retour graduel de la motivation scolaire.

Les transitions vers les classes régulières se font étape par étape, parfois sur une demi-journée seulement avant une réintégration complète. Même après cela, un suivi clinique peut se poursuivre pendant plusieurs mois afin de consolider les acquis et soutenir les familles. Pour certains, cette passerelle ouvre même la voie vers des études postsecondaires. « Si le besoin est réel, l’accompagnement peut se prolonger », précise Manoushka Aimable.

Plusieurs anciens participants ont ainsi poursuivi leurs études au collège ou à l’université, en français comme en anglais. Autant de parcours qui rappellent qu’avec du temps, de l’écoute et un encadrement adapté, il est possible de transformer des difficultés profondes en nouvelles perspectives d’avenir.

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Photo :  Edhuige Dorval Desmornes (Crédit : CFGT)