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Alexia Grousson

Le mois dernier, la Société d’histoire de Toronto (SHT) a proposé une nouvelle édition de ses historitours, une série de visites guidées en français destinées à faire découvrir le patrimoine torontois sous un angle souvent méconnu. Cette fois, les participants étaient invités à explorer les célèbres murales de l’avenue Islington, un ensemble d’œuvres monumentales qui retracent l’évolution du quartier et de la région d’Etobicoke au cours du XXe siècle.

Le parcours débutait à l’auberge Montgomery, dirigé par Marie-Claude Douville, guide bénévole passionnée par ce patrimoine local. Ancienne enseignante dans une école d’immersion française située à proximité des murales, elle a suivi leur création au fil des ans. « Je les ai vues apparaître sur les murs. Je les trouvais magnifiques et je me sentais privilégiée de les avoir si près. À la retraite, j’ai toujours voulu faire des visites guidées sur ce thème », raconte-t-elle.

Le long de la rue Dundas Ouest, entre les avenues Islington et Kipling, les murales d’Islington constituent un véritable musée à ciel ouvert. Les quelque 25 fresques géantes encore visibles aujourd’hui illustrent l’histoire du secteur entre 1910 et 1960 à travers des scènes inspirées de photographies d’archives, de personnages réels et d’événements marquants. Elles évoquent l’arrivée des premiers commerces, le développement des transports, la vie scolaire, les lieux emblématiques ainsi que les familles qui ont contribué à façonner l’identité de l’ancien village d’Islington.

La majorité des œuvres ont été réalisées par l’artiste John Kuna qui s’est donné pour mission de préserver la mémoire locale par l’art public. « Au total, il y avait 28 murales, mais avec les nouvelles constructions, trois ont été détruites », précise Mme Douville.

Parmi les œuvres les plus remarquées figure Everyone. Everywhere., située à l’intersection d’Islington et Dundas. Cette murale interprète l’article 6 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui affirme que toute personne a le droit d’être reconnue comme sujet de droit partout dans le monde. Réalisée dans le cadre du projet Urban Canvas d’Amnistie internationale, elle témoigne d’une volonté d’intégrer des thèmes contemporains à ce parcours historique.

Au cœur du circuit se trouve également Timeline: Islington Then and Now, une fresque qui juxtapose différentes époques du quartier. On y aperçoit l’épicerie Musson’s à la fin du XIXe siècle, des automobiles des années 1950 ainsi qu’une scène commerciale contemporaine qui illustre les profondes transformations qu’a connues la rue Dundas au fil des décennies.

La visite se termine devant The Old Swimming Hole, une œuvre qui rappelle un lieu de loisirs autrefois populaire auprès des jeunes du quartier. La fresque représente l’étang d’une ancienne scierie aménagée sur le Mimico Creek, devenu au fil du temps un endroit privilégié pour la baignade. À travers une représentation colorée et nostalgique des costumes de bain d’époque, l’artiste évoque une facette plus intime de la vie communautaire locale.

D’autres murales jalonnent le parcours, dont The Way We Were, qui recrée le paysage d’Islington vers 1900, Prodigy, consacrée au pianiste canadien Glenn Gould, ou encore The Faces of Islington, une vaste composition qui regroupe plus de 60 portraits de résidents reflétant la diversité culturelle grandissante du quartier.

Au-delà de leur valeur artistique, ces œuvres jouent un rôle important dans la préservation de la mémoire collective. Elles ont été conçues pour embellir le secteur tout en racontant l’histoire d’une communauté qui est passée, en quelques générations, d’un village rural à un quartier pleinement intégré à la métropole.

Pour les participants, l’expérience s’est poursuivie après la visite elle-même. De retour à l’auberge Montgomery, ils ont partagé une limonade et échangé dans une atmosphère chaleureuse. « Tout le monde se parlait, en français. C’était très agréable, presque magique », conclut Marie-Claude Douville.

Photo : Les participants devant une des murales (Crédit : SHT)