Chrismène Dorme
À la suite de la 5ème session du Forum permanent des Nations Unies pour les personnes d’ascendance africaine, tenue en avril dernier à Genève, l’organisme La Passerelle et le Boss Women Institute ont organisé, le mercredi 10 juin à Toronto, un important dialogue consacré aux perspectives francophones noires sur l’équité et le leadership.
Mais dans la Ville reine, l’objectif était clair : ramener ces discussions sur le terrain, plus près des réalités vécues par les communautés.
« C’est important de voir ce qui se passe localement, de mettre en lumière les questions de justice sociale, le racisme systémique, mais aussi l’engagement du Canada, explique Léonie Tchatat, directrice générale de La Passerelle. Le Forum de Genève est essentiel, mais il faut maintenant concrétiser les engagements et poursuivre les discussions ici, avec les communautés. »
L’événement a réuni des leaders communautaires, des chercheurs, des décideurs politiques tels que le conseiller municipal de Toronto Chris Moise et Kemba Byam, gestionnaire du programme Confronting Anti-Black Racism, des partenaires institutionnels ainsi que des citoyens engagés.
Au cœur des discussions : le leadership, les politiques publiques, l’équité en santé, la participation citoyenne et les stratégies pour transformer les engagements politiques en résultats concrets.
Les défis auxquels font face les Noirs à Toronto ont occupé une place importante dans les échanges. Selon Mme Tchatat, seuil de pauvreté élevé, difficultés d’accès à l’emploi, manque de reconnaissance des compétences et insécurité alimentaire touchent encore de nombreuses familles.
Pour aider la communauté, l’organisme a récemment mis en place une banque alimentaire, première du genre dans la ville, qui, selon la directrice générale, accueille aujourd’hui 60 familles par semaine.
La Ville de Toronto a par ailleurs développé un plan d’action sur dix ans pour lutter contre le racisme antinoir. Mais plusieurs intervenants ont rappelé qu’au-delà des stratégies, la question de l’évaluation des progrès reste essentielle.
Le dialogue a aussi mis en lumière le rôle central des femmes, particulièrement des femmes noires, dans le développement économique, l’innovation, l’entrepreneuriat et la transformation sociale. Un leadership féminin reconnu bien au-delà des frontières canadiennes.
Pour les organisateurs, cette rencontre n’est qu’un début. Un appel a été lancé à la communauté afin de renforcer les liens, consolider les collaborations et maintenir la mobilisation autour des enjeux d’équité. « Nous allons continuer ces dialogues. Il y a toute une stratégie à construire pour assurer une continuité et faire avancer concrètement les choses », affirme Léonie Tchatat
Selon elle, la présence d’une délégation canadienne au Forum permanent devait nécessairement mener à des conversations concrètes sur les réalités des communautés noires francophones au pays.
Pour l’organisme, cette rencontre marque le début d’une mobilisation appelée à se poursuivre dans les prochains mois. Des discussions similaires devraient être organisées en vue du prochain Forum permanent des Nations Unies, qui se tiendra à Addis-Abeba en Éthiopie.
Entre les ambitions internationales et les réalités locales, une conviction semble désormais faire consensus : les communautés noires francophones veulent être non seulement entendues, mais pleinement incluses dans les décisions qui façonnent leur avenir.
Photo (Crédit : La Passerelle) : Les participants en discussion lors de la rencontre






