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Chrismène Dorme

En 2026, la communauté francophone de la Ville reine continue de croître et de se diversifier. Selon le recensement de 2021, l’Ontario compte 652 540 francophones et une grande majorité réside dans la capitale économique du Canada.

L’essor de cette population est largement porté par l’immigration francophone, avec des arrivants en provenance notamment du Maroc, de la République démocratique du Congo (RDC), de la Côte d’Ivoire, de France et du Québec. Ces nouveaux venus contribuent à enrichir la diversité culturelle et linguistique de la ville.

Pour Espoir Masiala, étudiant en économie et innovation sociale à l’Université de l’Ontario français, être francophone à Toronto implique un équilibre entre préservation de sa langue maternelle et adaptation à un environnement majoritairement anglophone. Arrivé au Canada il y a trois ans de la RDC, il explique avoir choisi d’étudier en français pour « préserver cette identité francophone et ses valeurs culturelles » et pour se donner un atout sur le marché du travail en ciblant des postes bilingues.

Pour lui, les premières entrevues d’embauche en anglais n’ont pas été simples. « Sans la maîtrise de l’anglais, il est difficile d’accéder à certaines opportunités », s’inquiète-t-il. Malgré ce défi, M. Masiala voit également cela comme une chance de développer ses compétences linguistiques : « C’est une occasion d’apprendre et de progresser en anglais ».

Engagé dans la vie associative, il participe activement aux rencontres organisées par les organismes francophones et, en tant que président de l’association étudiante de son établissement, contribue lui-même à créer des événements pour la communauté.

Pour Nathalie Nadon, artiste installée dans la métropole canadienne depuis 25 ans et active dans plusieurs domaines (théâtre, production, chant) l’identité francophone guide autant sa vie personnelle que son parcours professionnel. « Je suis francophone, artiste, femme engagée et entrepreneure. Tous mes projets sont dirigés par ces valeurs », explique-t-elle.

Malgré la présence d’organismes comme l’ACFO Toronto, l’Alliance française et le Centre francophone du Grand Toronto, les opportunités pour les artistes francophones restent limitées. Elle pointe le manque de structures et de financement pour soutenir les artistes locaux.

« Hormis les événements spéciaux pour la Francophonie, il y a peu d’engagement tout au long de l’année. Cela crée un cercle vicieux qui impacte autant les artistes que le public », affirme Mme Nadon.

Pour autant, son engagement et son esprit entrepreneurial lui ont permis de se faire connaître dans la communauté. Elle encourage la participation de tous aux événements francophones, insiste sur le fait que chacun a un rôle à jouer dans la préservation de la langue et de la culture à Toronto.

Pour la famille Ennis, originaire du Québec et installée dans la capitale ontarienne depuis plusieurs années, le français reste la langue principale à la maison. Guy Ennis, impliqué dans le Cercle de l’amitié, a mis un point d’honneur à transmettre la langue et la culture françaises à ses trois enfants. « Si on ne fait pas l’effort de l’utiliser, on peut facilement perdre son français », confie-t-il.

Grâce aux écoles de langue française de la ville, aux activités communautaires et aux séjours réguliers au Québec, la famille a pu vivre pleinement sa culture francophone. Aujourd’hui, leurs enfants parlent parfaitement le français tout en poursuivant leurs études et leur carrière à Toronto. Pour Guy Ennis et son épouse, préserver la langue française à la maison reste à la fois un choix réfléchi et un engagement quotidien.

Les témoignages recueillis montrent que Toronto offre de nombreuses occasions de vivre en français, que ce soit à travers les universités, les associations étudiantes, les organismes culturels. Pourtant, les francophones restent minoritaires dans un environnement anglophone, ce qui impose un effort constant pour préserver leur langue et leur culture.

Qu’il s’agisse des étudiants, des artistes ou des familles, tous s’accordent sur l’importance de participer aux événements francophones, de s’engager dans la vie associative et de créer des espaces où la langue française peut pleinement s’exprimer.

À Toronto, être francophone en 2026, c’est donc conjuguer identité, engagement et adaptation dans une ville qui propose autant de défis que d’opportunités.

Photo : Espoir Masiala (Crédit : AEUOF)