Alors que les populations noires comptent parmi les plus jeunes du pays, un dispositif fédéral déployé en Ontario entend transformer cet élan démographique en moteur d’engagement civique et de leadership communautaire.

Chrismène Dorme

Selon Statistique Canada, les personnes noires représentaient 4,7 % de la population ontarienne en 2021, dont une grande proportion réside dans la région du Grand Toronto. Elles se distinguent aussi par leur jeunesse.

Dans ce contexte démographique particulier, Ponts de Solidarité Jeunesse a vu le jour en janvier 2025. Gratuit et financé par Service jeunesse Canada, cet accompagnement mis en œuvre par l’organisme Point Ancrage Jeunesse (PAJ) s’adresse aux jeunes de 18 à 30 ans qui souhaitent s’engager activement dans leur communauté.

Pour Edwige Ngom, directrice générale de PAJ, l’initiative répond à un besoin concret. « Les jeunes francophones en situation minoritaire font face à des défis d’inclusion et se voient parfois refuser des opportunités en raison d’un manque de reconnaissance de leurs compétences. Ces défis peuvent être amplifiés par des barrières systémiques », explique-t-elle.

Qu’ils soient aux études ou à la recherche d’emploi, ces jeunes disposent de peu d’espaces structurés en français. Le parcours proposé vise donc à renforcer leur sentiment d’appartenance, à développer des compétences et à favoriser leur engagement civique. La majorité des participants sont afrodescendants, un public particulièrement exposé aux obstacles systémiques.

Concrètement, chaque participant réalise 100 heures de bénévolat flexible, adaptées à ses intérêts et à son rythme. Trois grands domaines d’action sont proposés : la préservation de l’environnement, l’engagement communautaire et l’inclusion sociale.

Un agent de projet rencontre chaque personne afin de cerner ses attentes et de l’orienter vers un milieu qui correspond à ses aspirations. « Le jeune fait des heures de bénévolat, mais dans un domaine qui l’attire », précise Edwige Ngom.

Au-delà du bénévolat, l’objectif phare demeure l’engagement civique. Le dispositif, qui s’étendra jusqu’en mars 2027, prévoit d’accompagner plus de 100 jeunes.

Les participants sont accueillis au sein de divers organismes partenaires, dont Oasis Centre des femmes, le Collège Boréal ou le Centre francophone de Hamilton. Des clubs sportifs et des organismes culturels prennent part également à l’initiative.

Lors des ateliers, ces organisations présentent leurs missions afin de susciter l’intérêt des participants. Le cadre d’intervention intègre en outre des formations gratuites en leadership et en communication interculturelle. Un accompagnement en bien-être, du mentorat et un suivi avant et après le parcours complètent l’offre.

Les impacts commencent déjà à se faire sentir. « Ce programme contribue à bâtir un leadership chez les jeunes afrodescendants et leur permet de se positionner comme acteurs de changement dans leur communauté », souligne la directrice générale.

Au fil des cohortes, certains participants se sont démarqués au point de devenir ambassadeurs des organismes où ils ont effectué leur stage. Au-delà des compétences techniques, le projet favorise une construction identitaire solide et un développement social durable.

Soucieuse d’inclusion géographique, l’équipe a même mis en place une cohorte entièrement virtuelle pour permettre aux jeunes vivant à l’extérieur du Grand Toronto — notamment à Ottawa ou London — de participer. Comme toute initiative d’envergure, le dispositif doit toutefois s’ajuster en continu. « La théorie est là, mais face à la réalité, nous devons adapter nos stratégies pour permettre à tous les jeunes de compléter leurs heures de bénévolat », conclut Edwige Ngom.

Une nouvelle cohorte sera lancée dès avril prochain, accompagnée d’une rencontre au cours de la Semaine de l’action bénévole, avec la présence de mentors et de jeunes aux parcours inspirants.

En ligne de mire : un grand forum de clôture prévu en 2027, qui viendra marquer l’aboutissement de cette initiative destinée à transformer l’engagement des jeunes en véritable levier de changement social.

Photo : Quelques jeunes du programme lors d’un atelier (Crédit : Point Ancrage Jeunesse)