Le Centre de santé communautaire TAIBU multiplie les initiatives pour soutenir les jeunes francophones issus de communautés racisées. Parmi elles, le « Café des Jeunes » s’impose comme un espace d’échange, de formation et d’engagement citoyen, pensé pour faciliter leur intégration et leur accès aux instances décisionnelles.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Confrontés à des obstacles linguistiques, culturels et sociaux persistants, de nombreux jeunes peinent à trouver leur place sur les plans social et professionnel. Pour répondre à ces réalités, TAIBU mise sur l’engagement communautaire afin de construire des solutions durables. Portée par des employés bénévoles, l’initiative accompagne des jeunes âgés de 15 à 29 ans dans leur parcours personnel et citoyen.

Depuis plusieurs années, l’organisme s’affirme comme un acteur clé dans la réduction des inégalités touchant les communautés racisées et marginalisées de Toronto. En privilégiant l’écoute et la participation active des populations concernées, TAIBU identifie leurs besoins et priorités afin de proposer des actions adaptées à leurs réalités. C’est dans cette logique qu’est né le « Café des Jeunes », destiné particulièrement aux jeunes francophones.

Selon Ahmat Tchanaye, responsable des initiatives francophones de TAIBU et cofondateur du projet, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière des difficultés déjà bien ancrées. « Nous avons constaté que les jeunes francophones font face à de nombreuses barrières, notamment linguistiques et culturelles, ce qui complique l’accès à l’emploi et l’intégration sociale », explique-t-il. L’initiative vise ainsi à leur fournir des outils concrets pour comprendre les mécanismes décisionnels et accéder à des espaces tels que les conseils d’administration ou les comités consultatifs.

Chaque année, entre 150 et 210 jeunes y participent, dont plusieurs n’ont pas terminé leurs études secondaires. Loin de toute approche élitiste, l’initiative se veut inclusive. « Il n’y a pas de profil type, précise Ahmat Tchanaye. Il suffit d’être francophone et racisé, et d’avoir entre 15 et 29 ans. Le « Café des Jeunes » agit comme un tremplin vers des stages, des expériences professionnelles ou même des opportunités d’emploi. »

Le nom trouve son origine dans une expérience simple, mais révélatrice. Lors d’une pause-café avec des jeunes, une discussion spontanée autour de leur avenir s’est révélée particulièrement riche. « Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas recréer ces échanges dans un cadre convivial? », raconte le cofondateur. Depuis, le Café est devenu un symbole de dialogue, de partage et de transmission.

À travers des ateliers interactifs et des formations axées sur le développement personnel, le leadership et la gouvernance, les participants renforcent leurs compétences tout en explorant leurs aspirations. Les cohortes, composées de 10 à 35 jeunes, suivent des modules animés par des accompagnateurs et des experts de la région. À l’issue du parcours, une évaluation permet de déterminer leur aptitude à entreprendre un stage d’au moins 200 heures au sein d’entreprises.

L’accompagnement constitue le cœur de l’initiative. Des intervenants expérimentés confient aux jeunes des missions concrètes — présentations, recherches ou projets collectifs — favorisant l’apprentissage par la pratique. « Nous ne disposons pas de toute l’expertise à l’interne, nous faisons donc appel à des professionnels externes », souligne M. Tchanaye.

Les retombées sont bien réelles. Certains anciens participants travaillent aujourd’hui au sein du centre communautaire. « Il y a des jeunes qui sont maintenant mes collègues à TAIBU et qui occupent des postes de coordination de projets », se réjouit Ahmat Tchanaye. D’autres siègent à des comités consultatifs d’organismes ou d’entreprises de la ville. Plusieurs deviennent à leur tour mentors grâce à un dispositif de bénévolat permanent, renforçant ainsi la chaîne de transmission.

Ce succès s’accompagne toutefois de défis importants. L’initiative ne bénéficie d’aucun financement et repose entièrement sur l’engagement bénévole des employés, souvent en soirée et les fins de semaine. « La question de la pérennité se pose, reconnaît Ahmat Tchanaye. À long terme, il devient difficile de dépendre uniquement du bénévolat et de trouver suffisamment de personnel francophone pour encadrer les jeunes. »

Malgré ces contraintes, TAIBU se projette vers l’avenir. Le « Café des Jeunes » s’apprête à évoluer sous le nom « Autonomisation et Développement », une appellation qui regroupera plusieurs initiatives existantes, dont « Bâtir l’avenir » destiné aux familles, parents et enfants. Une évolution qui reflète l’ambition du centre de continuer à outiller les communautés francophones marginalisées et leur donner toute leur place dans la société.

Photo : Les jeunes se retrouvent lors d’une activité. (Crédit : Taibu)