Chrismène Dorme
À la Législature ontarienne, les mots ont circulé comme autant de passerelles entre les générations. Le temps d’une soirée, la résidence de la lieutenante-gouverneure Edith Dumont s’est transformée en un véritable carrefour d’idées et de récits, où la littérature francophone a servi de fil conducteur à des échanges vibrants et profondément humains.
Organisé par le Salon du livre de Toronto en partenariat avec l’Institut français du Canada, ce rendez-vous a réuni aînés, étudiants, auteurs et membres de la communauté autour d’une même ambition : faire dialoguer les expériences et mettre en valeur la diversité des voix francophones.
Deux tables rondes ont rythmé la soirée. La première, animée par Charline Petetin, était consacrée à Kolkhoze, d’Emmanuel Carrère, finaliste du Choix Goncourt Canada. Des étudiantes de l’Université McMaster et de l’Université métropolitaine de Toronto, accompagnées de Lara Popic, ont proposé une analyse nuancée de l’œuvre. Elles ont croisé des regards universitaires avec des impressions personnelles. Cette discussion s’inscrit dans le processus du Choix Goncourt Canada, qui invite chaque année des universités anglophones à étudier une sélection d’ouvrages avant de désigner leur lauréat, attendu en mai à l’Ambassade de France à Ottawa.
La seconde table ronde, animée par Marine Sibileau, a rendu hommage à Un livre, une communauté : Récit collectif des aînés francophones du Grand Toronto, une initiative du Salon du livre de Toronto. Plusieurs aînés ayant participé aux ateliers d’écriture, dont Gilles Marchildon, Singrid Pous, Hélène Boudreau et Rolande Smith, ont partagé leurs parcours et leurs souvenirs. Leurs témoignages ont donné corps à une francophonie intime et incarnée, façonnée par des décennies d’histoires personnelles.
Certains participants, d’abord hésitants, ont trouvé dans les ateliers d’écriture un espace de confiance. Grâce à l’accompagnement d’auteurs, ils ont peu à peu libéré leurs paroles et sont parfois remontés jusqu’aux années 1970 pour raconter leur trajectoire. Le résultat : un ouvrage collectif qui contribue à préserver un patrimoine précieux tout en renforçant le sentiment d’appartenance.
Pour Valéry Vlad, président du conseil d’administration du Salon du livre de Toronto, cet échange illustre « une francophonie vivante, portée par la littérature, la transmission et la richesse des rencontres ».
Un constat partagé par la directrice générale, Eunice Boué, qui se réjouit de l’enthousiasme suscité par le projet des aînés. « C’est un véritable legs pour les générations futures et une belle connexion entre les générations », dit-elle.
Déjà largement diffusé, notamment à la Toronto Public Library, l’ouvrage poursuit sa route à travers plusieurs rendez-vous communautaires. Une rencontre est prévue le 22 avril au COFRD dans la région de Durham, suivie d’une soirée le 21 mai aux Centres d’accueil Héritage, puis d’une rencontre, le 29 juin, à la Bibliothèque de référence. « Pratiquement tous les mois, nos aînés vont à la rencontre du public », souligne Eunice Boué.
Cette série d’initiatives n’est qu’un prélude. Mme Boué a annoncé au journal Le Métropolitain que le 30 juin, le Salon du livre organisera un concours national des clubs de lecture à l’Alliance française de Toronto. Intitulé Le grand débat littéraire, autour du Choix Goncourt Canada, ce rendez-vous pourrait s’imposer comme l’un des temps forts de la scène littéraire francophone cette année!
Photo : Le public attentif suit les échanges. (Crédit : SLT)






