Financé par la Fondation Trillium pour trois ans, l’initiative Tous ensemble contre le décrochage scolaire donne aux immigrants francophones les moyens de mieux accompagner leurs enfants dans le système scolaire ontarien. C’est une réponse directe à un problème qui touche les communautés noires francophones.
Olaïsha Francis – IJL – Le Métropolitain
L’abandon scolaire reste une difficulté pour les communautés francophones issues de l’immigration, surtout chez les jeunes noirs. Pour y remédier, l’association « Les parents s’y mettent » – composée d’un groupe de parents immigrants francophones actifs dans divers domaines tels que le communautaire, l’enseignement et le travail social – a créé le programme Tous ensemble contre le décrochage scolaire.
Les parents se sont donnés pour but de partager leur vécu et leurs compétences avec d’autres familles qui ont du mal à s’intégrer. « Nous avons vécu et réglé des problèmes d’intégration. Nous voulions partager ce que nous avons appris pour aider les parents, les informer et les soutenir dans leur intégration », explique Khadidiatou Ndiaye, coordonnatrice du développement du programme.
Avec ses 18 parents inscrits, le groupe de Durham participe à sept ateliers sur des thèmes variés, basés sur ce que les familles ont dit avoir besoin. Ne pas connaître le système scolaire ontarien, avoir du mal à communiquer entre parents et enfants, ou entre parents et l’école, sont les soucis majeurs qui contribuent au décrochage scolaire.
Le programme a une vision globale, en tenant compte de la santé, des émotions et de l’éducation. Une nutritionniste a donné un atelier sur l’importance d’une alimentation équilibrée et la réussite scolaire. D’autres rencontres, animées par des psychothérapeutes et des travailleurs sociaux, abordent des méthodes d’éducation et la communication entre parents et enfants.
Ces ateliers encouragent les parents à repenser leur façon d’éduquer, héritée de leur propre passé. « On a tous notre histoire. L’idée, c’est d’aider les parents à voir ce qui se passe chez leur enfant, à écouter avant de réagir plutôt que de refaire ce qu’ils ont vécu », explique une employée du programme. On encourage les parents à repérer et à comprendre les sentiments de leurs enfants, dans le respect et sans autoritarisme. »
Le 3 janvier dernier, le cinquième atelier a été consacré à comprendre le système scolaire de la province. C’est un sujet qui est ressorti comme important dans les sondages auprès des participants. « Il y a une grosse différence entre les systèmes scolaires. Les parents doivent parfois s’adapter, sans oublier leur culture, mais en changeant leur façon de parler et de s’investir », explique Aline Kenou Tatiotsop, consultante en éducation et animatrice de l’atelier.
L’abandon scolaire chez les élèves issus de l’immigration noire a plusieurs causes telles que le fait de pouvoir obtenir une stabilité financière dans la recherche d’emploi, le fait que les parents sont moins présents dans l’éducation, qu’ils ne comprennent pas le système scolaire, que la communication reste encore un défi entre l’école et les parents et également la communication entre les parents et les enfants.
Le programme insiste donc sur l’importance de se renseigner, de prendre connaissance des ressources offertes par le ministère de l’Éducation et de participer aux actions de la communauté.
D’autres ateliers traiteront de l’orientation scolaire et du choix de carrière, ainsi que de la communication entre enseignants et parents, jugée essentielle pour éviter l’abandon scolaire. Le programme a commencé par une cérémonie d’ouverture en présentiel, puis continue avec des ateliers en ligne aux deux semaines, jusqu’à la cérémonie de clôture prévu dans quelques mois. Un suivi personnalisé est ensuite assuré, et les parents peuvent être orientés vers des professionnels le cas échéant.
Avec cette action, « Les parents s’y mettent » rappelle qu’il est important d’aider les familles immigrantes sur le long terme. « Les parents arrivent avec beaucoup de compétences, mais l’intégration peut parfois faire passer l’éducation au second rang. Il y a un vrai besoin, et ce qu’on voit sur le terrain le confirme », conclut Khadidiatou Ndiaye.
Photo : Les parents se rencontrent à l’ouverture du programme. (Crédit : Les parents s’y mettent)






