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Richard Caumartin

Le Salon du livre de Toronto, en partenariat avec le comité organisateur de la Semaine de la Francophonie de Toronto, a invité le public le 28 mars au campus du Collège Boréal pour une table ronde intitulée « Les retrouvailles qui font du bruit ». Il s’agissait d’une discussion et des témoignages de quatre auteurs qui ont participé à la rédaction d’Un livre, une communauté : récit collectif des aînés et aînées francophones du Grand Toronto.

Cette rencontre, qui regroupait quatre des auteurs – Bertrand Jean, Ronald Perrier, Thérèse Vachon et Claudette Morier –, était animée par le président du Salon, Valéry Vlad et ouvrait une fenêtre sur leur univers, leurs souvenirs et leur regard sur la vie.

« Au Salon du livre, on a imaginé ce projet qu’on a présenté à la communauté pour finalement choisir des auteurs qui, eux, ont organisé des rencontres d’écriture avec des dizaines d’autres aînés du Grand Toronto, ce qui a mené à la rédaction de ce livre », explique Valéry Vlad. Le but ultime de cette initiative était de préserver la mémoire des aînés francophones du Grand Toronto, transmise et reconnue comme un véritable patrimoine vivant.

D’entrée de jeu, l’animateur a demandé aux invités parmi tant de souvenirs, ce qui a fait que ce soit celui-là qu’ils aient choisi de raconter. La première à s’exprimer est Claudette Morier pour Effilochage. Elle a raconté qu’elle a travaillé toute sa vie en anglais comme conductrice à l’aéroport de Toronto et, lorsqu’elle a pris sa retraite en 2005, elle désirait faire à partir de ce moment-là les choses en français. Elle est tombée sur une annonce des Centres d’accueil Héritage (CAH) qui cherchait une conductrice pour les aînés de Place Saint-Laurent.

« J’y suis allée et c’est comme cela que j’ai commencé à connaître les gens des CAH qui, à cette époque, parlaient majoritairement en français, explique Claudette Morier. Comme je les conduisais chez le médecin ou à différentes rencontres, nous avions le temps de jaser. Ils me racontaient leurs histoires et j’aimais beaucoup les faire parler car je trouvais celles-ci très intéressantes, surtout venant d’aînés originaires d’un peu partout dans le monde. Ce furent mes premiers pas dans la Francophonie torontoise. »

Pour sa part, Thérèse Vachon, une résidente des CAH, avait fait une belle rencontre dans le jardin communautaire derrière l’immeuble. C’est cette histoire qu’elle raconte dans À la douce mémoire de Marie-Louise. « Il y a une culture très diversifiée à Place Saint-Laurent, et nous vivons en communauté avec diverses activités proposées par l’équipe des CAH. J’avais rencontré cette dame congolaise qui était pleine d’entrain, qui chantait et dansait dès qu’elle en avait l’occasion. Ayant grandi sur une ferme, le jardin m’attirait et lorsque j’y suis allée un jour, Marie-Louise avait une houe, communément appelée une pioche, avec laquelle elle bêchait dans le jardin. J’étais impressionnée de son énergie et de sa force, car cet instrument de labour est très lourd. Je l’ai essayé et je suis tombée, sans me faire mal, et nous avons bien ri toutes les deux. Ce fut le début d’une belle amitié. »

Malheureusement, quelques années plus tard, Marie-Louise a reçu un diagnostic de cancer terminal et est décédée à la fin de l’été. Elle avait fait venir son fils du Congo et il a remis à Thérèse Vachon la pioche de sa mère.

Ce n’est qu’un des nombreux souvenirs émotifs regroupés dans ce livre, une trentaine de courts récits qui font un pont entre les générations, un acte de mémoire dont les auteurs sont devenus des passeurs culturels.

Photo : Ronald Perrier, Thérèse Vachon (au centre) et Claudette Morier