Le 29 octobre, un déjeuner-conférence au Malaparte a été consacré aux échanges commerciaux entre les provinces. La rencontre a réuni des dirigeants d’entreprise et des spécialistes de l’économie pour examiner les barrières qui freinent les activités interprovinciales et les enjeux liés au développement des marchés au sein de la francophonie canadienne.
Les différences entre les réglementations provinciales constituent l’un des obstacles auxquels peuvent se heurter les entreprises qui souhaitent étendre leurs activités au Canada. Les exigences administratives, les normes propres à certains secteurs et les conditions d’accès aux marchés peuvent compliquer les transactions entre territoires. Ces questions s’inscrivent dans les discussions nationales sur la réduction des barrières commerciales intérieures et la diversification des échanges économiques.
Quatre intervenants issus de différents milieux professionnels ont participé à la table ronde. Catherine Bachand, présidente-directrice générale de la Société économique de l’Ontario (SÉO), représentait le secteur du développement économique francophone et des PME. Marc Desormeaux, vice-président à la politique et économiste au Conseil canadien des affaires, apportait une perspective sur les enjeux commerciaux à l’échelle nationale.
À ces approches s’ajoutaient les réalités du terrain. François Juneau, chef de la direction de Multivesco, possédait l’expérience d’un promoteur immobilier actif dans la région d’Ottawa–Gatineau, où les investissements et les projets de développement s’inscrivent dans une dynamique interprovinciale. Yannick Bouchard, président-directeur général de la Laiterie de l’Outaouais, représentait pour sa part les enjeux de commercialisation et de distribution dans le secteur agroalimentaire, notamment à travers l’expansion de son entreprise vers le marché ontarien.
Les discussions, animées par Yan Plante, président-directeur général du RDÉE Canada, ont notamment porté sur la place des entreprises francophones dans l’économie ontarienne. Selon le Livre blanc sur l’économie franco-ontarienne, publié en 2025 par la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, plus de 30 000 entreprises seraient dirigées par des francophones dans la province. Cette estimation permet de situer l’importance de ce réseau entrepreneurial dans les échanges économiques.
À l’échelle nationale, les échanges interprovinciaux de biens et services représentaient 527 milliards $ en 2024, soit environ 17 % du produit intérieur brut canadien, selon Statistique Canada. Des estimations rapportées par cet organisme situent entre 92 et 200 milliards $ l’augmentation potentielle du PIB qui pourrait découler, à terme, de l’élimination des barrières commerciales intérieures. Ces projections reposent toutefois sur des hypothèses économiques et ne constituent pas des retombées garanties.
La mobilité de la main-d’œuvre figurait parmi les sujets abordés. Marc Desormeaux a notamment évoqué les pénuries de travailleurs qualifiés, qui peuvent limiter les projets d’expansion des entreprises canadiennes. Une meilleure reconnaissance des qualifications professionnelles entre les provinces pourrait faciliter les déplacements des employés et l’accès à certains métiers réglementés.
Les enjeux pour les entrepreneurs francophones
La rencontre visait également à mieux faire connaître les orientations économiques nationales auprès des entrepreneurs. « Le gouvernement veut renforcer les liens commerciaux dans le pays. Pour le Club canadien de Toronto, l’enjeu est aussi de permettre aux entrepreneurs francophones de profiter pleinement de ces occasions d’affaires, en facilitant les connexions entre les communautés économiques des différentes provinces », a expliqué Alexis Maquin, directeur général de l’organisme.
Selon les secteurs, les organisations qui souhaitent exercer leurs activités au-delà de leur province d’origine doivent composer avec des règles distinctes, des procédures supplémentaires ou des exigences particulières pour commercialiser leurs produits et services. « On veut s’assurer que les entrepreneurs ont toutes les clés en main, comprennent par où commencer ainsi que la stratégie à mettre en place », a-t-il ajouté.
Pour les entreprises francophones, l’accès aux marchés des autres provinces dépend ainsi de plusieurs facteurs, dont les exigences réglementaires, la reconnaissance des qualifications professionnelles et les possibilités de distribution. Si la réduction des barrières commerciales fait l’objet de discussions à l’échelle nationale, ses effets concrets varieront selon les secteurs d’activité.
Le déjeuner-conférence du 29 octobre n’a donné lieu à aucune annonce particulière, mais a permis d’examiner ces enjeux à partir des perspectives des institutions économiques et des entreprises. La question demeure de savoir comment les changements envisagés pourront se traduire par des conditions d’affaires plus simples pour les entrepreneurs francophones en situation minoritaire.
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Photo : De gauche à droite : Yan Plante, Yannick Bouchard, Catherine B. Bachand, Marc Desormeaux et François Juneau (Photo : CCT)




