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À Toronto, le créole tout comme le français face au défi de la transmission

Faire vivre le créole représente un défi dans un environnement largement anglophone, où même le français, doit lutter pour conserver sa place. Des voix s’élèvent pour préserver cet héritage, encourager sa transmission et rappeler aux jeunes générations qu’une langue ne doit pas seulement se recevoir, mais aussi se faire vivre. Chrismène Dorme – IJL – […]

À Toronto, le créole tout comme le français face au défi de la transmission

Faire vivre le créole représente un défi dans un environnement largement anglophone, où même le français, doit lutter pour conserver sa place. Des voix s’élèvent pour préserver cet héritage, encourager sa transmission et rappeler aux jeunes générations qu’une langue ne doit pas seulement se recevoir, mais aussi se faire vivre.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Le créole est-il uniquement la langue de nos parents et de nos grands-parents? Ou peut-il aussi devenir celle de nos enfants? C’est autour de cette question que l’association Yékrik’On a organisé, le dimanche 25 octobre, une rencontre peu habituelle dans le paysage culturel local. Intitulé « An ti kozé », à l’Université de l’Ontario français, l’après-midi a réuni des passionnés de langues et de cultures créoles autour d’un même objectif : faire vivre cet héritage loin de ses territoires d’origine.

Le créole, né dans différents contextes de colonisation, s’est décliné en plusieurs langues, certaines à base lexicale française, notamment dans les Antilles francophones, d’autres à base anglaise, dans les Caraïbes anglophones. « Le créole occupe une place importante dans notre histoire et notre identité collective, langue qui nous rallie à notre culture, à nos expressions populaires et même à nos traditions », explique Paméla Lango, responsable du pôle marketing de Yékrik’On.

Selon elle, l’environnement linguistique de Toronto représente un obstacle à cette transmission. « On est amené à utiliser d’autres langues, ce qui représente un défi pour la transmission. » L’association souhaite donc permettre aux nouvelles générations de se réapproprier cette langue et de comprendre qu’elle ne leur est pas étrangère.

La rencontre a rassemblé principalement des participants originaires de Martinique, de Guadeloupe, de Saint-Martin et de Guyane. Malgré les différences entre les différents créoles, notamment dans leurs expressions, une base commune permet de créer des liens. Des activités participatives, des expressions affichées sur les murs, des discussions en créole, des jeux-questionnaires et de la musique ont rythmé l’après-midi.

« Nous souhaitions la présence des jeunes, des enfants qui sont nés au Canada, pour qu’ils puissent entendre et connaître le créole », explique Mme Lango. Parmi les participants, Yann Gabriel, connu sous le nom de Tooky, est particulièrement attaché à cette question. Originaire de la Martinique, il se décrit comme un amoureux du créole et de la culture caribéenne. À travers ses activités artistiques et entrepreneuriales, il contribue à leur diffusion.

Après avoir vécu dans plusieurs pays, il constate qu’à Toronto, les occasions de pratiquer le créole sont moins nombreuses. Père de deux enfants de 12 et 14 ans, il mesure aussi les difficultés de transmission au sein des familles.

« Les gens de ma génération utilisaient le créole de manière très informelle, très difficile à utiliser avec mes propres parents, ou même à l’école », raconte-t-il. Aujourd’hui, il entend prendre sa part de responsabilité. « Avec mes enfants qui sont bilingues, c’est déjà compliqué avec le français ici à Toronto, mais je m’efforce de leur donner une exposition en créole, avec certaines expressions de la vie courante. »

Pour Tooky, le créole doit désormais être pleinement celui de sa génération. « Plus que jamais, langue de notre génération, quelque chose qu’on a hérité de nos parents », affirme-t-il, avant de rappeler que cet héritage implique un devoir : celui de le maintenir et de le transmettre.

Il évoque notamment le manque d’événements consacrés au créole en Ontario, contrairement au Québec, où la présence d’une importante communauté haïtienne favorise davantage d’occasions de rassemblement. Il encourage à ouvrir ces initiatives à d’autres communautés caribéennes.

Cette réflexion fait écho à la situation du français en Ontario, lui aussi minoritaire dans un environnement largement anglophone. Comme pour le créole, sa vitalité dépend des espaces où il peut être parlé, partagé et transmis.

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Photo : Les couleurs des Caraïbes réunies autour d’un héritage commun. (Photo : Yékrik’On)

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