Après plusieurs années de recherche, d’expérimentation et d’ajustements, l’Association francophone à l’éducation des services à l’enfance de l’Ontario (AFÉSEO) franchit une nouvelle étape dans son projet pilote visant à mesurer l’impact des services éducatifs francophones sur le développement identitaire des jeunes enfants.

Olaïsha Francis – IJL – Le Métropolitain

L’AFÉSEO s’est donné pour mission de renforcer le sentiment d’appartenance des enfants à leur communauté francophone. Cette démarche s’inscrit dans une vision à long terme de la construction identitaire en contexte linguistique minoritaire, dès la petite enfance. C’est de cette réflexion qu’est né, il y a cinq ans, un ambitieux projet pilote aujourd’hui rendu à sa troisième cueillette de données.

Le projet vise à élaborer un cadre francophone de référence pour les services éducatifs en petite enfance, en français. Celui-ci comprend plusieurs outils : des grilles de mesure pour les enfants, le personnel éducateur et les familles, des critères de partenariats, ainsi qu’un système de cueillette et d’analyse de données à l’échelle locale, régionale et provinciale.

Le point de départ du projet repose sur la formation FrancoFUN, conçue pour sensibiliser le personnel éducatif à son rôle de modèle linguistique et culturel. Afin d’en mesurer les retombées concrètes auprès des enfants, l’AFÉSEO a collaboré avec des chercheuses pour développer la Grille d’observation du développement identitaire de l’enfant.

Au cours des derniers mois, l’Association a mené une vaste opération de recensement de la vitalité linguistique et culturelle dans 25 de ses centres de leadership éducatif. Il est vite apparu que la construction identitaire ne dépend pas seulement du milieu éducatif, mais aussi des familles, des partenaires et de toute la communauté.

« La prochaine étape consiste maintenant à intégrer pleinement le contexte familial, notamment par une nouvelle collecte de données envoyées aux parents probablement au printemps », explique Martine St-Onge, directrice générale de l’AFÉSEO.

Un autre volet central du projet concerne le personnel éducateur, avec l’outil ARIFA, une grille sur l’identité francophone de l’adulte. Les données recueillies ont montré une tendance fréquente en milieu minoritaire comme celle de passer spontanément à l’anglais, par peur d’exclure ou de brusquer l’enfant ou la famille. « Il est essentiel de définir clairement le contexte et les attentes associées à un mandat francophone et soutenir le personnel dans cette direction », souligne Mme St-Onge.

Les familles jouent également un rôle clé. « Souvent, les éducateurs ont l’impression que les familles ne se sentiront pas bien accueillies si elles ne parlent pas français. Si la famille ne parle pas français, on veut trouver une meilleure façon de créer un environnement inclusif et accueillant », ajoute la directrice. Des outils adaptés permettront de mieux comprendre le contexte sociolinguistique à la maison, d’ouvrir le dialogue et d’offrir des formations ciblées aux parents qui le souhaitent.

À terme, l’AFÉSEO souhaite que ce projet dépasse le stade pilote et devienne un outil validé, pouvant même être utilisé lors de la transition scolaire vers la maternelle. « Ce type d’outil n’existe nulle part ailleurs. Il nous permettra de démontrer l’impact réel de la petite enfance sur l’acquisition du français, la construction identitaire et, à long terme, la rétention des élèves dans le système scolaire francophone », conclut la directrice générale.

Photo : Martine St-Onge, directrice générale (Crédit : AFÉSEO)