Colomban Mac Nab
« Le français est peut-être le langage le plus limpide et le plus précis du monde », affirmait le poète anglais Samuel Taylor Coleridge (1772-1834). C’est cette précision qui a donné du fil à retordre aux plus de 130 jeunes candidats venus de cinq provinces pour s’affronter lors du Championnat national d’épellation en langue française, le 17 mai dernier. Pendant une journée entière, les jeunes se sont attelés à « faire rayonner la langue française par les mots », selon Dorine Tcheumeleu, l’organisatrice de l’événement.
Pourtant véritable institution dans le monde anglophone, les concours d’épellation sont plus récents chez les francophones : « Il y a toujours eu des concours d’épellation dans les écoles, mais rien au niveau national », rappelle Dorine Tcheumeleu. Au-delà de l’apprentissage du français, c’est aussi « très bon pour le développement cognitif des enfants », glisse Fayza Abdallaoui, la présentatrice du concours. Les jeunes sont classés en trois groupes d’âge, et chaque groupe entre dans la salle l’un après l’autre. Les participants montent à l’estrade pour se présenter face au jury de six personnes, qui leur énonce un des 400 mots de la liste remise aux élèves.
Le rituel est le même à chaque passage : les candidats prononcent le mot en entier, l’épellent, puis le répètent. Ils peuvent demander sa définition, sa nature et une mise en contexte. D’aucuns diront que cela est normal pour de jeunes candidats, mais pas sûr que cette aide soit inutile aux parents présents dans le public. Et pour cause, plusieurs d’entre eux avaient des sueurs froides à l’énoncé de certains mots qui font tout le charme de la langue de Molière : nuptialité, efflanqué ou encore noblaillon. Ce dernier a déclenché une salve d’applaudissements lorsqu’Adam, un jeune venu des États-Unis, a hésité à plusieurs reprises sur la prononciation avant de finalement l’épeler correctement, emportant la ferveur du public.
Soucieux de faire respecter les règles de prononciation, les parents ont émis plusieurs objections, suscitant notamment un vif débat autour du mot opportun. L’organisatrice a rapidement calmé le public qui commençait à s’échauffer, en rappelant que « les jurés ont la phonétique sous leurs yeux et que le mot a donc été bien prononcé ». Le concours reprend et la salle se vide progressivement à mesure que les éliminés sortent.
À la fin de la journée, trois jeunes se voient sacrés champions : Léa Ibrahim chez les 6-8 ans, Augustin Corriveau chez les 9-11 ans, et Olivia Wang chez les 12-14 ans. Cette dernière m’a confié sa méthode : « J’ai mémorisé les 400 mots de la liste, mais j’ai aussi regardé les vidéos des années précédentes pour avoir le sens des mots mystères ». Si le français est souvent réputé difficile, « c’est très important pour l’aspect culturel et pour apprendre de nouveaux mots », poursuit-elle. Participante quatre fois avant de l’emporter, Olivia distille ses conseils aux futurs candidats en deux mots : « Persévérer et ne jamais abandonner ». À bon entendeur.
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Photo : Les lauréats du Championnat national d’épellation entourés des jurés et des organisateurs. (Crédit : Colomban Mac Nab)






