Le Salon du livre de Toronto a lancé une initiative favorisant le dialogue, l’écoute et la découverte partagée qui a réuni aînés et jeunes autour d’un même roman. Une soirée qui n’est pas sans rappeler que les livres peuvent devenir de véritables lieux de rencontre.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Malgré une tempête de neige paralysant une partie du sud de l’Ontario, le jeudi 15 janvier, la littérature francophone a créé un véritable cocon de chaleur humaine. Trente-cinq participants — des aînés et des étudiants — se sont retrouvés à la Place Saint-Laurent des Centres d’accueil Héritage (CAH) pour une soirée littéraire, organisée en partenariat avec le Collège Boréal. Au centre de la rencontre : Pour l’amour de Dimitri, de Didier Leclair.

Cette activité marquait le lancement officiel du programme annuel Club de lecture inclusif (CLIN) pour 2026. Pour Eunice Boué, directrice générale du Salon du livre de Toronto (SLT), le but de ces rencontres littéraires est « de créer des liens autour d’un auteur franco-ontarien et faire connaître sa maison d’édition ».

Le CLIN répond également à un constat : un grand nombre de lecteurs achètent leurs livres principalement sur de grandes plateformes en ligne et préfèrent ignorer que la francophonie locale a aussi son lot d’auteurs primés.

Le choix des CAH n’était pas anodin. Cet organisme, dédié au soutien des aînés francophones, incarnait parfaitement l’esprit de partage et d’inclusion recherché. « Les échanges intergénérationnels enrichissent notre relation au livre et à la littérature francophone. Ils la rendent incarnée et vivante », insiste Mme Boué.

En effet, la transmission entre générations était au cœur de cette première rencontre. Aînés et jeunes, que l’on imagine parfois éloignés, ont trouvé un terrain commun autour d’un même récit. Rapidement, les barrières se sont estompées. Les étudiants ont reconnu chez les aînés une source précieuse de sagesse, tandis que ces derniers ont été touchés par la sensibilité et la vivacité des nouvelles générations.

Le roman de Didier Leclair, qui raconte la relation tumultueuse entre un père et son fils avant leur réconciliation, a servi de miroir à de nombreuses expériences personnelles. « Certains aînés ont confié qu’en lisant ce livre, ils revivaient leur propre histoire familiale. De plus, entendre les jeunes partager leurs impressions donnait un nouveau sens à leur vécu », raconte la directrice générale du Salon du livre.

Le déroulement de la rencontre a favorisé ces échanges riches. L’auteur Paul-François Sylvestre a ouvert la soirée en lisant une critique qu’il avait rédigée lors de la parution du roman. Des aînés ont ensuite partagé des extraits qui les avaient particulièrement touchés, avant une table ronde avec Didier Leclair, où les jeunes ont pu s’exprimer sur l’amour, les relations filiales et les conflits générationnels.

Pour l’occasion, le Collège Boréal avait offert 30 exemplaires du roman aux participants, tandis que l’artiste bénévole Sophia Leopold ajoutait une touche musicale au piano. La soirée s’est conclue par une séance de dédicaces, des photos souvenirs et un cocktail convivial.

Didier Leclair s’est dit profondément ému de constater que son roman, écrit il y a plus de dix ans, continue de résonner auprès de générations « aux antipodes ».

Face à l’enthousiasme général, une question revenait : quand aura lieu la prochaine rencontre? La réponse est déjà connue : une nouvelle session du CLIN est prévue en mai prochain, toujours aux CAH.

« Nous avons passé un très bon moment. Malgré le froid à l’extérieur, dans la salle, il faisait vraiment chaud », conclut Eunice Boué avec le sourire. Une chaleur humaine qui promet d’irriguer toute l’année 2026, au rythme des livres et des rencontres intergénérationnelles.

Photo :  Jeunes et moins jeunes écoutent avec intérêt. (Crédit : SLT)