Alexia Grousson

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a annoncé le 19 juin, la publication de deux études financées par le gouvernement du Canada, liées à la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue en Ontario. Les principaux éléments contextuels de ces études sont le vieillissement de la population et les départs à la retraite, des secteurs plus touchés que d’autres nécessitant une offre active et l’immigration qui apporte une nouvelle ouverture sur le marché du travail.

La première étude est intitulée État des lieux sur la pénurie de main-d’œuvre au sein de la communauté francophone de l’Ontario. Elle présente les tendances actuelles et futures concernant le marché de travail et les changements à venir en lien avec la démographie de la population franco-ontarienne.

La seconde est un rapport sur les études postsecondaires en langue française en Ontario. Ce dernier brosse un portrait de la population francophone et de celle issue de l’immigration. Il aborde le profil des personnes intéressées par des études en français ainsi que les besoins du marché de l’emploi nécessitant des diplômes.

« La pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue en Ontario est le plus grand défi se dressant devant la pérennité de nos services en français. Pour certains parents francophones cela veut dire que leurs enfants ne peuvent pas commencer leur parcours éducatif en français dans un centre de garde en français car il n’y a pas assez d’éducatrices. Pour d’autres ayant des problèmes de santé, le besoin d’être compris et de bien comprendre les consignes qu’on leur donne est crucial et réaffirme l’importance d’avoir des professionnels bilingues pour communiquer avec leur patient dans leur langue », commente le président de l’AFO, Fabien Hébert.

Jonathan Naisby, associé de la firme Brynaert, Brennan et Associé.e.s, a présenté les faitrs saillants des rapports : « Les établissements postsecondaires répondent bien aux besoins du marché du travail. Les diplômés ont des meilleurs taux d’emploi six mois après leur obtention du diplôme que leurs homologues des établissements anglophones. La demande de travail pour des diplômés francophones se maintient et même augmente pour certains emplois. Les emplois de l’avenir seront surtout dans le domaine de la santé, de l’éducation et de l’informatique ».

Il a aussi expliqué que le besoin et la demande de personnel qualifié francophone ou bilingue, sont importants dans plusieurs secteurs clés mais que la disponibilité de ces personnes-là est limitée par plusieurs facteurs. Après avoir réalisé quelques sondages, il est ressorti que 25 % des étudiants au collège et 30 % de ceux à l’université voudraient étudier en anglais.

De plus, environ le tier des étudiants francophones se disent moins susceptibles de continuer dans le postsecondaire en français car ils n’ont pas eu la possibilité de fréquenter un établissement élémentaire ou secondaire francophone dans leur jeunesse. « Augmenter le nombre d’élèves à l’élémentaire et au secondaire dans les écoles francophones augmenterait la taille du marché potentiel du postsecondaire francophone », suggère Jonathan Naisby.

État des lieux de la main-d’œuvre

Un comité de partenaires clés de la communauté en éducation postsecondaire, en développement économique et affaires, en immigration, en employabilité et en politique publique a été formé. Ce comité a validé des pistes concernant l’état des lieux de la main-d’œuvre au sein de la communauté francophone de la province.

« La pénurie vécue est sectorielle et non généralisée. Après avoir menées des consultations, il a été démontré que deux tiers des organismes perçoivent des pénuries, mais un quart d’entre eux seraient concernés sur le long terme.

« Pour le public, la pénurie est qualifiée de menaçante pour les secteurs de la santé, du travail social et de l’éducation qui subissent des pénuries importantes, et les employeurs en sont touchés. Pour le privé, il est davantage question d’une rareté de main-d’œuvre car plusieurs secteurs sont concernés, mais dans une proportion plus faible. De plus, il manque de travailleurs qualifiés. De nombreuses personnes pourraient être disponibles mais elles n’ont pas les compétences requises », ajoute-t-il.

M. Naisby a également parlé du potentiel linguistique, c’est-à-dire la proportion de francophones qui travaillent en français en Ontario. « Environ le tiers des francophones utilisent régulièrement le français au travail. Le bassin potentiel de candidats pouvant occuper des postes en français demeure donc inexploité. »

Un autre fait ressort également, celui de l’importance de l’immigration. « La démographie franco-ontarienne est en transformation. Pour la première fois de l’histoire, la majorité des locuteurs francophones proviendra de l’immigration, et la population ontarienne dépendra d’eux pour pourvoir les postes de demain. L’appui des étudiants internationaux et francophones est donc essentiel à la pérennité de la communauté », confirme le président de l’AFO.

Les études publiées montrent l’urgence d’agir face à la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue en Ontario. Elles identifient les secteurs les plus touchés et proposent des solutions concrètes. Il est essentiel que les gouvernements, les institutions et les organismes collaborent pour mettre en œuvre ces solutions et garantir la pérennité des services en français. En suivant les recommandations des études, l’AFO espère améliorer la situation actuelle et préparer un avenir meilleur pour la communauté francophone de l’Ontario.

Photo : Capture d’écran des participants à la rencontre sur zoom