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Richard Caumartin

Oasis Centre des femmes (OCF) a organisé le 8 mars à Toronto une activité intitulée  De l’engagement à l’impact : les femmes au coeur du changement. Il s’agissait d’un déjeuner-conférence suivi d’une table ronde qui ont permis aux invitées de réfléchir collectivement aux actions concrètes en faveur de l’égalité des genres.

Valeur fondamentale d’Oasis, le féminisme guide son engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes et la défense des droits acquis. À travers ce thème, l’organisme affirme que les femmes sont actrices de leur destin : « Les placer au cœur du changement, c’est reconnaître leur leadership et contribuer à bâtir une société plus juste et égalitaire ».

Animée par Loanna Thomaseau, stratège en communication, la journée a commencé avec un déjeuner et une vente de t-shirts au profit du programme Second souffle, une initiative d’Oasis pour accompagner les femmes dans leur transition vers une vie sécuritaire et autonome, et les aider à se reconstruire et reprendre le pouvoir sur leur vie.

La première à s’exprimer a été la directrice générale de l’organisme, Inès Benzaghou, qui a souhaité la bienvenue aux participantes et rappelé pourquoi son organisme organise toujours un événement significatif le 8 mars, Journée internationale des femmes. Cette intervention a été suivie d’une conférence animée par Anne-Marie Gagné, doctorante en philosophie (spécialité féminisme) et influenceuse engagée connue sous le nom de PoetryPanacée sur Instagram, qui propose une nouvelle définition de la notion de féminisme au-delà des idées reçues, en l’ancrant dans les réalités quotidiennes des femmes.

Elle a d’abord avancé quelques statistiques pour prouver l’inégalité hommes/femmes, dont celle de l’écart salarial. Selon Statistique Canada, les femmes gagnent 87 cents pour chaque dollar gagné par un homme. Elle a traité du patriarcat, c’est-à-dire le pouvoir et la domination masculine, les stéréotypes de genre, la division sexuelle au travail et le contrôle du corps des femmes.

Elle a donné des exemples d’observation des dynamiques de pouvoir au quotidien telles que les injonctions personnelles en art et culture, en relations sociales et dans un espace public. Puis, elle a déconstruit les mythes sur le féminisme, soit la supériorité des femmes, que les femmes sont anti-hommes, que le féminisme détruit la famille et que les féministes sont folles, ce qui a bien fait rire l’auditoire à 99 % féminin.

Après le repas du midi, une table ronde animée par Loanna Thomaseau, gestionnaire formation continue au Collège Boréal et experte en communication, a réuni Inès Benzaghou, Isabelle Dostaler (vice-rectrice aux études et à la recherche à l’Université de l’Ontario français, Anne-Marie Gagné et Boluwa Massina (directrice générale du Conseil des organismes francophones de la région de Durham).

Lors de cette discussion, Mme Thomaseau a demandé à Isabelle Dostaler, ce qui lui semble le plus fragile aujourd’hui en matière d’égalité hommes-femmes dans tous les domaines lorsque l’on regarde le contexte actuel.

« Ce n’est vraiment pas une époque facile et je sens un peu comme un ressac. Le chiffre de 30 % de représentativité féminine dans les postes importants semble être la norme aujourd’hui mais on est bloquées là. Si je vous parle de mon milieu universitaire et du leadership, c’est environ 30 % des femmes qui sont responsables des universités canadiennes. On ne se le cachera pas, il y a toute cette montée de mouvements qui n’avantagent pas les femmes et qui briment nos libertés. C’est un peu décourageant. Cette mouvance politique, économique et religieuse va à l’encontre du progrès fait par les femmes depuis nombre d’années », prévient-elle.

Mme Dostaler fait allusion à ce qui se passe aux États-Unis, entre autres, avec la protection du jugement au droit à l’avortement Roe V. Wade (1973) qui a été renversée par une juge de la Cour suprême en 2022, donnant le droit aux États américains d’interdire l’avortement.

Elle parle aussi de la Loi 21 sur la laïcité de l’État (2019) qui interdit le port de signes religieux, y compris le voile, à certains employés de l’État en position d’autorité. Un nouveau projet de loi (2025-2026) élargit ces interdictions, renforçant la neutralité religieuse dans les écoles, CPE et institutions postsecondaires, et exige le visage découvert.

L’animatrice a questionné Mme Benzaghou sur la nécessité du féminisme aujourd’hui. « Le féminisme reste nécessaire tant que des femmes frappent encore à nos portes parce qu’elles sont victimes de violence domestique. Cette violence n’est pas seulement physique, mais psychologique, économique et coercitive. La manipulation, le contrôle et la privation de liberté. C’est pour toutes ces raisons que notre organisme existe et rehausse cette valeur très importante du féminisme », explique la directrice générale d’Oasis.

Bref, cette journée a donné lieu à des rencontres significatives pour les femmes afin d’échanger et de nourrir la réflexion collective dans une ambiance chaleureuse et inclusive.

Photo : Les panélistes. De gauche à droite : Inès Benzaghou, Boluwa Massina, Anne-Marie Gagné et Isabelle Dostale (Crédit : journal Le Métropolitain)