Alexia Grousson

À Toronto, « Girls and Connect » s’impose progressivement comme un espace incontournable pour les femmes francophones en quête de liens et de repères. Fondé en 2024 par Chauna Molossa, l’organisme est né d’un constat simple : celui du manque d’espaces accessibles où les femmes peuvent se rassembler, échanger et évoluer en français, sans contrainte d’adhésion formelle.

Arrivée au Canada en 2017 après avoir quitté la région parisienne, la fondatrice a elle-même traversé l’isolement et l’absence de représentation francophone féminine. Formée en administration des affaires et ayant travaillé plusieurs années dans le secteur financier, elle décide, à la suite de la pandémie, de réorienter sa carrière afin de créer un projet porteur de sens.

« J’aimais mon travail, mais je ne contribuais pas à une cause qui me tenait profondément à cœur », confie-t-elle. La pandémie de COVID-19 a agi comme un révélateur pour elle : l’envie de créer et d’avoir un impact concret, particulièrement auprès des femmes, s’impose comme une évidence.

De cette réflexion naît un organisme dédié aux femmes de Toronto. « J’ai compris que nous étions nombreuses à chercher un espace où se retrouver, se comprendre et se reconnecter, dans notre langue », explique Mme Molossa. Elle a donc proposé des activités souples et inclusives, sans parcours imposé. « Girls and Connect est né du besoin d’un nouveau départ pour toutes les femmes francophones, celles qui ont immigré, celles qui ont grandi ici et celles qui veulent simplement créer des connexions en français. »

Avant même le lancement officiel, l’entrepreneure a testé son concept en organisant un premier karaoké, volontairement limité à 15 participantes afin de privilégier la qualité des échanges. Plus de 200 femmes ont manifesté leur intérêt. « J’avais l’idée et la date, mais rien de concret encore. Cet engouement m’a confirmé qu’il existait une réelle demande. »

La mission de l’organisme devient claire : offrir un lieu où les femmes peuvent se rencontrer, évoluer et tisser des liens durables. La créatrice veut briser l’isolement en proposant un environnement sécurisant et bienveillant. « C’est un espace où, dès que l’on arrive, on se sent à la maison, représentée, jamais différente », affirme Mme Molossa.

Girls and Connect, ce sont des ateliers créatifs mensuels (peinture, yoga ou karaoké), des événements conviviaux une ou deux fois par mois, des excursions entre femmes et des groupes de discussion sur des enjeux féminins. La programmation est réservée uniquement aux femmes. Puis, celles-ci peuvent continuer de tisser des liens au sein de groupes thématiques crées sur WhatsApp.

Porter seule un tel projet n’a pas été sans difficulté. « Le plus grand défi a été de tout assumer moi-même, en parallèle de ma vie familiale. Je voulais que tout soit parfait et j’avais du mal à déléguer », reconnaît-elle. Ce cheminement l’a conduite à revoir son poste de dirigeante et apprendre à lâcher prise.

Aujourd’hui, l’impact de l’organisme se mesure dans les trajectoires individuelles. Des amitiés sont nées, des colocations se sont formées et certaines participantes ont trouvé un emploi grâce aux rencontres effectuées.

« Ma fierté, c’est de voir l’impact réel sur les femmes. Être un tremplin pour elles me confirme que je suis à ma place », conclut Chauna Molossa. À cette mission communautaire s’ajoute un volet de mentorat entrepreneurial, par lequel elle accompagne celles qui souhaitent transformer une idée en projet concret.

L’avenir s’annonce ambitieux. Une retraite créative de trois jours est prévue en Ontario en juin prochain pour une quinzaine de participantes, avec ateliers, interventions et mentorat.

À plus long terme, la fondatrice envisage d’étendre le concept au-delà de Toronto, notamment vers Ottawa et Montréal, convaincue que le besoin de connexion dépasse les frontières ontariennes.

Photo : Chauna Molossa, créatrice de Girls and Connect (Photo : courtoisie de C. Molassa)