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Opinion

Christiane Beaupré

Depuis quelques jours, l’avenir du Collège universitaire Glendon suscite de nombreuses réactions au sein de la communauté universitaire et franco-ontarienne. Une proposition présentée au Conseil de la Faculté par l’Université York envisage une restructuration de sa mission bilingue, incluant le transfert éventuel des programmes vers le campus Keele.

Selon un document de travail de l’Université York, ce scénario comprendrait l’intégration des activités académiques bilingues dans d’autres facultés, ainsi qu’une transformation du statut de Glendon, qui passerait de faculté autonome à collège universitaire rattaché. L’établissement précise toutefois qu’aucune décision finale n’a été prise à ce stade.

Le même document souligne néanmoins le caractère particulier du campus, décrivant l’expérience qu’il propose comme « rare, sinon totalement unique » dans le paysage universitaire canadien.

Cette réflexion survient dans un contexte de baisse marquée des inscriptions au cours de la dernière décennie, une tendance qui alimente les discussions sur l’avenir du modèle actuel.

Fondé en 1966, Glendon occupe une place particulière dans le réseau postsecondaire ontarien. Situé dans le quartier Lawrence Park à Toronto, il se distingue par ses petites cohortes, son environnement bilingue et ses programmes en études françaises, en traduction et en relations internationales.

En 1975, j’ai choisi Glendon parce que c’était un campus bilingue. À l’époque, je parlais très peu anglais. Ce choix allait de soi : il me permettait de poursuivre mes études dans un milieu où je pouvais vivre pleinement en français, dans une ville où cette réalité demeure minoritaire. Pour moi, Glendon a marqué le début d’un parcours entièrement francophone à Toronto, tant dans mes études que dans ma vie professionnelle et sociale.

J’y ai fait de belles rencontres, autant parmi les étudiants que les professeurs, dont plusieurs ne sont malheureusement plus parmi nous aujourd’hui. Ces années ont aussi été marquées par une ouverture intellectuelle importante. En études françaises, des cours sur les littératures belge, sénégalaise, française, acadienne et québécoise ont élargi ma compréhension du monde francophone bien au-delà du Canada.

Glendon a aussi été un lieu de continuité. J’y suis retournée plusieurs années plus tard pour des études en traduction, dans les années 1990, prolongeant ainsi un lien déjà fort avec ce campus. J’entretiens encore aujourd’hui des relations avec des diplômés francophones de cette époque, qui vivent toujours à Toronto. Ces liens témoignent de la force des réseaux humains et professionnels qui se sont tissés autour de Glendon.

Le principal de Glendon, Marco Fiola, a souvent rappelé la mission particulière du campus. Dans une déclaration publiée sur le site de l’établissement, il souligne que Glendon continue de promouvoir le plurilinguisme et le multiculturalisme, tout en occupant une place unique dans le paysage universitaire canadien.

Lors de son renouvellement de mandat en avril dernier, l’Université York a également salué son engagement à promouvoir le bilinguisme à Glendon et à l’échelle de l’université, ainsi qu’à renforcer la visibilité du campus.

Ces déclarations prennent aujourd’hui une résonance particulière, alors que plusieurs membres de la communauté expriment des inquiétudes quant à une possible dilution de l’identité propre de Glendon dans une structure centralisée à Keele.

Des discussions ayant suivi la réunion du Conseil de la Faculté ont fait état de préoccupations autour de la préservation de ce que certains ont décrit comme « l’écosystème unique » du campus, caractérisé par la proximité entre étudiants et professeurs ainsi que par un apprentissage bilingue intégré.

La York University Faculty Association avait déjà exprimé plus tôt cette année des inquiétudes liées à l’avenir du campus. Elle évoquait un climat d’incertitude et des enjeux liés à la mission académique, à la réputation et au patrimoine de l’établissement.

Au-delà des considérations administratives et financières, le débat touche aussi à une question plus large : celle de la place du français à Toronto et de la capacité des institutions universitaires à maintenir des espaces où il est possible de vivre pleinement en français.

Pour ma part, Glendon n’a pas seulement été un lieu d’études. Il a été un espace fondateur, qui a façonné une trajectoire personnelle et professionnelle entièrement vécue en français à Toronto, dans un environnement où cette réalité demande encore aujourd’hui une volonté constante.

Dans ce contexte, l’avenir de Glendon apparaît comme un moment charnière, entre transformation possible et volonté de préserver un modèle universitaire bilingue qui a profondément marqué plusieurs générations.

Photo : Glendon occupe une place particulière dans le réseau postsecondaire ontarien.