Créé dans la Ville reine par trois cofondateurs immigrés, EquiConnect est un organisme à but non lucratif qui aspire à répondre aux enjeux de santé mentale et de bien-être des communautés francophones afrodescendantes. Son approche humaine, globale et collaborative vise à rompre l’isolement et à renforcer le pouvoir d’agir collectif.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Un sondage de Recherche en santé mentale Canada, publié en 2023, mettait déjà en lumière les défis particuliers auxquels sont confrontés les immigrants en matière de santé mentale. En effet, les nouveaux arrivants présentent des taux plus élevés d’anxiété (26 %) et de dépression (20 %) par rapport à la population générale (respectivement 22 % et 14 %). Ce constat souligne l’urgence de fournir un soutien adapté, en particulier au sein des communautés francophones de Toronto.

Les parcours de Micheline Youhou Rabet, Jean-Luc Amoikon et Serge Dieth se sont rencontrés autour d’un même constat : les services existent, mais ils demeurent cloisonnés. Chacun a mis à profit son expérience pour nourrir le projet. Mme Rabet possédait déjà une expertise dans le domaine de la santé grâce au projet My Équilibre. M. Amoikon travaillait depuis plusieurs années dans l’accompagnement des nouveaux arrivants, tandis que M. Dieth disposait d’une solide expérience en communication.

La mission d’EquiConnect s’inscrit dans une spécialisation auprès des francophones afrodescendants, tout en développant des liens étroits avec les organismes de la région afin de créer des ponts durables.

« Nous avons constaté que les organismes intervenaient en silo. L’être humain, lui, se retrouve morcelé, ce qui est encore plus complexe en contexte minoritaire où l’accès à des services en français reste limité, explique Mme Rabet.

« Nous avons donc décidé d’unir nos forces pour offrir une approche globale qui tienne compte des parcours migratoires afin de mieux informer les communautés », précise-t-elle. La communication demeure un levier essentiel, car elle permet d’exprimer clairement les besoins et de renforcer le pouvoir de la communauté francophone.

Pour sa part, Jean-Luc Amoikon souligne l’importance de l’expérience vécue. « Nous sommes nous-mêmes issus de l’immigration. Pour pouvoir apporter davantage, il faut avoir traversé ces réalités. Même après 15 ans au Canada, j’ai connu de nombreuses émotions, tout comme mes collègues », confie-t-il.

Ce programme s’adresse à un large public qui inclut les jeunes, les familles et les aînés. « La santé mentale touche toutes les générations », rappelle Mme Rabet. À Toronto, les communautés francophones font face à plusieurs enjeux tels que le manque de services en français et l’accès limité à des ressources favorisant l’affirmation identitaire.

Selon elle, l’accueil du nouvel arrivant doit tenir compte de l’ensemble de son parcours, de sa langue et de sa culture afin de bâtir une relation de confiance avec la société d’accueil.

La question des traumatismes occupe également une place centrale. « Les nouveaux arrivants arrivent souvent avec des blessures psychologiques, auxquelles s’ajoutent celles liées au contexte d’installation », explique Mme Rabet. Sans chercher à recréer un système déjà en place en Ontario, EquiConnect mise sur une approche humaine.

« Nous orientons les personnes vers des professionnels qualifiés et nous assurons un suivi du début à la fin », précise Jean-Luc Amoikon.

Le projet a rapidement suscité l’adhésion de plusieurs partenaires. Les conseils scolaires francophones MonAvenir et Viamonde, l’Université de l’Ontario français, la Fondation Kafo ou encore Akwaba Community ont manifesté leur appui.

Les prochains mois s’annoncent prometteurs pour EquiConnect. En juin, un symposium réunira les organismes francophones spécialisés dans les communautés de minorité noires pour définir une vision commune.

Le site web de l’organisme servira à partager sa mission et ses projets tels qu’une collaboration avec l’Hôpital SickKids et des programmes scolaires axés sur la confiance en soi. Ma culture, c’est mon respect, destiné aux jeunes filles afrodescendantes, vise à prévenir la dépression, en particulier chez les élèves issus de l’immigration, en soutenant leur bien-être mental et leur inclusion.

L’organisme a été officiellement lancé le 31 janvier 2026 lors d’une rencontre qui a rassemblé une centaine de personnes. Les nombreuses discussions ont permis d’aborder les enjeux vécus par les communautés francophones ainsi que les personnes d’ascendance africaine. « Lorsqu’il n’est pas possible de s’adresser formellement à la communauté, les espaces informels permettent souvent de mieux toucher les personnes », observe Mme Rabet.

Malgré les défis liés à l’absence de subventions gouvernementales, l’équipe demeure motivée. « Nous avons dû puiser dans nos propres ressources, mais l’enthousiasme du public nous encourage à poursuivre », conclut Mme Rabet. Jean-Luc Amoikon renchérit : « C’est un projet qui nous tient profondément à cœur ».

Photo : Des représentants d’organismes se sont retrouvés lors du lancement d’EquiConnect. (Photos crédit : EquiConnect)