Avec Unbound, l’artiste franco-caribéen transforme les collections du Musée royal de l’Ontario en un récit visuel consacré aux mémoires africaines, caribéennes et américaines. Entre figures oubliées, mythologie et objets historiques, son installation invite à questionner les histoires racontées par les musées et celles qui restent encore dans l’ombre.
Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain
Au Musée royal de l’Ontario (ROM), Raphaël Barontini joue avec les couleurs, les tissus et les images pour attirer le regard et susciter la curiosité. Avec Unbound: The Allegorical Archipelago of Abya Yala, l’artiste compose une œuvre qui pousse les visiteurs à s’interroger sur la manière dont le passé est présenté et transmis.
Présentée dans la cour Hyacinth Gloria Chen, l’installation sera exposée jusqu’au 29 août 2027. En attendant, le public est invité gratuitement à le découvrir au rez-de-chaussée du ROM, jusqu’au 30 novembre.
Pour M. Barontini cette création est l’occasion de proposer une autre lecture du passé. « Je me définis comme peintre collagiste et j’utilise mon art pour imaginer des récits sous-représentés dans l’histoire », explique-t-il.
Le titre fait référence à Abya Yala, un nom issu des mouvements de solidarité autochtones pour désigner le continent aujourd’hui appelé Amérique. En privilégiant cette appellation, l’artiste propose de regarder les Amériques autrement, au-delà des récits hérités de la colonisation.
Cette approche rejoint le travail de Tandazani Dhlakama, conservatrice responsable des collections Global Africa au ROM. « Pendant longtemps, dans les musées occidentaux, l’Afrique a été présentée comme si elle était figée dans le temps », souligne-t-elle. Elle souhaite plutôt montrer un continent vivant, en constante évolution et lié à d’autres régions du monde par ses diasporas.
Pour créer Unbound, le peintre-collagiste et la conservatrice ont travaillé de concert afin de sélectionner des dizaines d’objets issus des collections du musée. Près de 80 % des images de l’installation en proviennent.
Cette rencontre entre art contemporain et patrimoine amène aussi les institutions culturelles à réfléchir à leur propre passé. Pour Mme Dhlakama, inviter des artistes à les revisiter permet de présenter ces histoires autrement, de manière accessible, sans en effacer les zones d’ombre.
L’œuvre redonne notamment une place à Marthe-Rose, combattante guadeloupéenne opposée au rétablissement de l’esclavage en 1802, dont l’histoire reste peu connue ainsi qu’à Harriet Tubman, connue au Canada pour son rôle dans le chemin de fer clandestin, qui incarne elle aussi la lutte contre l’esclavage. M. Barontini représente également Hatuey, chef taïno de l’île Hispaniola, devenu une figure de la résistance à la colonisation espagnole. Entouré d’animaux et d’éléments naturels, celui-ci témoigne du lien entre les peuples autochtones et leurs territoires.
Au-delà de ces personnages, l’œuvre évoque aussi la préservation des traditions et la transmission des savoirs entre les générations. M. Barontini espère que les visiteurs iront plus loin que la découverte visuelle : « J’aimerais que le public fasse la démarche d’aller chercher historiquement les personnages », affirme-t-il.
Les couleurs et les compositions monumentales jouent un rôle essentiel dans cette démarche. En effet, l’artiste veut d’abord capter l’attention avant d’amener chacun à réfléchir. « J’ai besoin que l’image soit forte pour que le spectateur en vienne à se poser des questions », souligne-t-il.
Tandazani Dhlakama espère, pour sa part, que les visiteurs issus de communautés racisées reconnaîtront leurs histoires dans l’installation et en tirer de la fierté. Elle souhaite aussi que l’œuvre parle à tous les publics : « J’espère que chaque visiteur, peu importe son origine, apprendra quelque chose ».
Ainsi, avec Unbound, Raphael Barontini invite le ROM et son public à porter un autre regard sur le passé et à faire une place aux voix longtemps oubliées.
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Photo : Unbound présente des motifs symboliques et des compositions artistiques aux couleurs vives. (Photo : Paul Eekoff/ROM)




