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Chrismène Dorme

Et si nous prenions le temps de lever le nez pour mieux voir notre ville? C’était l’invitation lancée pour une promenade à Toronto, intitulée Façadisme : compromis honnête ou décor superficiel? qui s’est déroulée le samedi 2 mai dans le cadre du festival communautaire Jane’s Walk.

Pour la première fois, Le Labo et la Société d’histoire de Toronto (SHT) ont uni leurs forces pour guider le public à travers le Fashion District, quartier emblématique à la fois historique et en pleine mutation.

Les participants ont déambulé pendant une heure. Chaussures aux pieds et yeux levés vers les façades, chacun a pu observer comment certaines d’entre elles sont préservées tandis que le reste du bâtiment disparaît. Cette démarche, appelée façadisme, suscite aujourd’hui autant de débats que d’admiration.

« Pourquoi certaines vieilles façades sont-elles conservées alors que le reste des bâtiments est démoli? Est-ce une véritable protection du patrimoine ou simplement un décor pour les nouvelles tours? » Voilà quelques-unes des questions posées aux flâneurs pour les inviter à réfléchir sur la mémoire de la ville.

Pour Gabriel Córdova, responsable des communications du Labo, cette collaboration avec la SHT transforme la manière dont le centre d’artistes aborde la ville. « Nous faisons partie de la communauté francophone de Toronto, et ce festival fait partie de l’histoire de la Ville reine. Pour nous, il était essentiel de montrer comment l’architecture peut être appréhendée à travers un regard artistique et culturel », explique-t-il.

La flânerie urbaine, rare dans ce type de quartier, est une pratique qui favorise la lenteur et la réflexion. « En observant attentivement, on découvre des détails négligés au quotidien. C’est un geste politique qui permet de retrouver un rythme humain », poursuit M. Córdova.

Le parcours a également sensibilisé le public aux implications du Projet de loi 23 (2022), qui vise à accélérer la construction de 1,5 million de logements en Ontario d’ici 2031. Cette loi, qui a pour but de simplifier certaines procédures et de réduire les redevances d’aménagement, pourrait mettre en tension la protection des bâtiments historiques.

Pour Rolande Smith, présidente de la SHT, « il est crucial de trouver un équilibre entre les besoins de construction et la préservation du patrimoine. Certaines rues de Toronto sont truffées de façadismes et ces bâtiments méritent qu’on s’y attarde ».

Au fil de la promenade, le groupe a également discuté de bâtiments emblématiques tels que la gare Union et le quartier de La Distillerie, réhabilités mais témoins d’une riche histoire.

La flânerie s’est conclue au parc St. Andrew’s, où les promeneurs ont partagé leurs impressions et échangé sur l’avenir des quartiers. Cette discussion a permis de réfléchir à ce que la ville pourrait perdre ou préserver dans les années à venir, dans un dialogue ouvert entre citoyens et passionnés d’architecture.

Cette triple collaboration entre Le Labo, la SHT et Jane’s Walk ouvre la voie à de futurs projets. De nouvelles flâneries sont déjà envisagées pour continuer à explorer l’architecture torontoise, le façadisme et le patrimoine urbain, mais aussi pour réfléchir à notre rapport à la ville et à l’environnement.

« Nous sommes très satisfaits de cette première édition et espérons multiplier les occasions de flâner ensemble, car chaque rue a son histoire et mérite qu’on la découvre », conclut Rolande Smith.

Entre échanges passionnés, découvertes architecturales et réflexions citoyennes, cette activité a offert aux amateurs d’architecture une expérience à la fois conviviale et enrichissante, ce qui rappelle que prendre le temps d’observer son environnement peut révéler des trésors insoupçonnés, même dans les quartiers les plus fréquentés.

Photo : Dyana Ouvrard, directrice générale du Labo, et Rolande Smith devant le groupe (Crédit : G. Córdova)