Et si, le temps d’une séance, un film permettait de voyager d’un pays à l’autre sans quitter Toronto? C’est ce que propose le Festival du film de l’Union européenne (EUFF), qui réunira des œuvres venues de tout le continent. Toutes les projections seront gratuites, selon le principe du premier arrivé, premier servi.
Du 12 au 26 novembre, la 22e édition revient au théâtre Spadina avec 28 œuvres venues d’autant de pays. Une occasion de découvrir des histoires, de voyager à travers l’Europe et de rencontrer d’autres passionnés de cinéma.
Pour Jérémie Abessira, directeur général du festival, cette gratuité constitue l’un des grands atouts de l’événement. « On offre quelque chose d’unique et accessible avec un échantillon de ce qui se fait de mieux dans le cinéma sur le continent européen », explique-t-il. Deux mois après le Festival international du film de Toronto (TIFF), l’EUFF permet au cinéphile de prolonger leurs découvertes cinématographiques.
En effet, l’intérêt du public semble bien présent. En 2025, la programmation a attiré plus de 4000 personnes au théâtre Spadina, un record, avec 18 projections à guichets fermés. Selon M. Abessira, cet engouement s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par le TIFF et les nombreux festivals qui font vivre la scène cinématographique torontoise.
Autre particularité : près de 90 % des films sélectionnés n’ont pas encore été présentés au public de la Ville reine. Une occasion de découvrir des œuvres rarement accessibles sur grand écran, parfois en présence de leurs réalisateurs.
Cette année, chaque pays participant a choisi un film pour le représenter. Avec pour résultat, une programmation variée qui traverse les genres, les époques et les sensibilités culturelles.
Le rendez-vous culturel ouvrira avec Blue Road: The Edna O’Brien Story, un documentaire consacré à la vie et à l’héritage de l’écrivaine irlandaise Edna O’Brien. À l’autre extrémité du parcours, le film chypriote Hold Onto Me raconte l’histoire d’Iris, une fillette de 11 ans qui tente de renouer avec son père.
La sélection aborde aussi des sujets plus difficiles. Le documentaire ukrainien Traces donne la parole à des femmes ayant survécu aux violences sexuelles pendant la guerre menée par la Russie. Côté français, Stereo Girls/Les Immortelles suit Charlotte et Liza, deux adolescentes de 17 ans inséparables, unies par leur passion pour la musique et leur rêve de s’installer à Paris. Leur vie vole en éclats à la suite d’une tragédie inattendue qui oblige Charlotte à grandir seule.
Au total, 6 films ont été retenus comme candidatures nationales aux Oscars et 16 ont été récompensés dans des rencontres internationales. Mais au-delà des distinctions, ce sont les histoires racontées qui comptent.
Pour Jérémie Abessira, le cinéma permet de découvrir les particularités de chaque pays tout en reconnaissant des expériences communes. La famille, l’amitié, l’identité, les conflits ou encore la quête de liberté sont autant de thèmes qui dépassent les frontières.
« Le public cherche à voyager à travers chaque histoire », souligne-t-il. Certains films font découvrir une réalité sociale inconnue, tandis que d’autres renvoient les spectateurs à leur propre vécu.
L’événement repose sur une collaboration entre les consulats de l’Union européenne et les instituts culturels locaux. Dans un contexte où le Canada et l’Union européenne cherchent à renforcer leurs relations, Jérémie Abessira estime que la culture joue un rôle essentiel. « C’est par là que commencent les échanges, le développement de partenariats et l’apprentissage », affirme-t-il.
Le principal défi reste toutefois le financement. La collecte de fonds constitue un travail important chaque année, même si l’initiative culturelle peut compter sur des commanditaires fidèles.
Après les séances en salle, le festival continuera en ligne du 1er au 20 décembre, offrant une nouvelle occasion de découvrir le cinéma européen à l’approche de l’hiver. Au fond, l’EUFF ne propose pas seulement 28 films : il invite les spectateurs à regarder le monde autrement, une histoire à la fois.
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Photo (courtoisie EUFF) : Blue Road: The Edna O’Brien Story




