Chrismène Dorme

L’agora de l’Université de l’Ontario français (UOF) était presque pleine, le jeudi 12 février. Dans une atmosphère à la fois fébrile et chaleureuse, une cinquantaine de personnes — parents, amis, étudiants et corps professoral — avaient pris place pour assister à la finale du concours d’éloquence « Délie ta langue! », organisé par l’Université de Montréal.

Cette compétition met à l’honneur la richesse et la vitalité du français au Canada. « Nous avons une francophonie différente et diversifiée, explique Marie-Élaine Bourgeois, organisatrice principale à l’UOF. Nous voulions rejoindre l’aventure et montrer que la langue française se parle ailleurs et se parle différemment. » Ouvert à l’ensemble de la francophonie canadienne depuis quatre ans, l’événement permet à l’UOF de faire entendre sa voix depuis 2022.

Pour cette édition, sept étudiantes de l’université ont relevé le défi au concours dont une candidate à distance grâce à une prestation pré-enregistrée, témoignant de la volonté d’ouvrir la compétition à des formats adaptés. Leur mission : choisir un enjeu de société actuel, l’associer à une expression idiomatique et bâtir un discours structuré, imagé et vivant. « Il fallait que ce soit un thème qui parle un peu à tout le monde », précise Mme Bourgeois.

La dépression, les séparations et divorces, les injustices sociales ou encore la surconsommation dans une société lancée à toute vitesse ont nourri les réflexions. Les participantes ont su manier métaphores et figures de style avec assurance, sous le regard attentif d’un jury engagé, composé notamment de l’animateur de Radio-Canada Nicolas Haddad, du commissaire aux services en français de l’Ontario Carl Bouchard, de la directrice du Salon du livre de Toronto Eunice Boué, de la présidente de l’ACFAS Toronto Marie-Élaine Lebel et de la cheffe de cabinet et secrétaire particulière de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario Sabine Soumare.

Cette année, l’UOF a d’ailleurs collaboré avec l’ACFAS Toronto, qui a remis deux prix spéciaux à des candidates qui se sont distinguées par leurs qualités intellectuelles et leur esprit critique. Les critères d’évaluation tels que le respect du temps, la structure du discours, la qualité de l’argumentation et le contact avec le public ont donné lieu à des délibérations serrées.

La soirée a également été ponctuée par une prestation musicale de Samuela Bielo, étudiante de troisième année.

Au fur à mesure des présentations, une étudiante s’est particulièrement démarquée. Ghislaine Kerry Tchoupou Kuete, inscrite en deuxième année au baccalauréat en études des environnements urbains, a remporté à la fois le prix du jury et celui du public. Son discours, construit autour de l’expression « courir après le vent », explorait la question de la surconsommation à l’heure de la transition écologique. « C’était l’expression qui allait le mieux avec mon enjeu », explique-t-elle.

Son texte, peaufiné depuis novembre 2025, lui a permis de renouer avec une passion ancienne. « C’est tout un honneur pour moi. J’ai grandi dans la langue française avec une maman professeure de français. J’ai toujours été intéressée par l’écriture, mais je n’avais jamais osé parler en public ». Ainsi l’expérience s’est révélée décisive. « C’était une chance de me surpasser et de voir que cela porte ses fruits », poursuit-elle.

Comme beaucoup, Ghislaine a dû apprivoiser le trac. « Au début, j’étais stressée. Mais en appliquant les conseils reçus, au fur et à mesure de ma prise de parole, cela coulait comme de l’eau ». À ceux qui hésitent encore à se lancer, elle adresse un message simple : « La peur est normale. Il faut la prendre à bras-le-corps et foncer. Peu importe l’issue, on en ressort toujours gagnant », conclut-elle.

La grande finale aura lieu le 30 mars prochain à Montréal. Ghislaine Kerry Tchoupou Kuete y représentera l’Ontario aux côtés de 14 candidats d’autres universités. À l’issue de cette ultime épreuve, la ou le grand finaliste remportera le titre national du concours, où l’audace d’une jeunesse francophone prête à faire entendre sa voix à l’échelle du pays aura été mise en avant.

Photo : De gauche à droite : les participantes Eliza De Vicky Mahoungou, Nathalie Kuesso Keho Nimpa, Noura Aure Lysiane Assi, Zeinab Ayad, la gagnante Ghislaine Kerry Tchoupou Kuete, et Dorval Tchoumo Tchiazon (Crédit : UOF)