La programmation du Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne s’installe à l’Alliance française de Toronto pour offrir une vitrine unique aux voix francophones en contexte minoritaire au Canada. L’événement a mis en valeur la créativité et la diversité des cinéastes francophones au pays.
Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain
Le samedi 31 janvier, l’Alliance française de Toronto (AFT) a ouvert ses portes à la deuxième édition du festival, une programmation cinématographique qui met à l’honneur la richesse et la diversité du cinéma francophone au Canada.
À travers ces longs et courts métrages, la rencontre a permis de donner une visibilité essentielle à des artistes dont les voix et les récits circulent encore trop peu dans les réseaux traditionnels de diffusion.
Pour Cynthia-Laure Etom, directrice culturelle de l’AFT, accueillir le Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne (RACCORD) pour cette deuxième édition s’inscrit naturellement dans la mission de l’institution. « Soutenir les artistes francophones qui font vivre la culture est au cœur de notre action. Cette initiative porte une vision forte, contemporaine et inclusive du cinéma francophone canadien. Il était essentiel d’offrir à Toronto un espace de rencontre, de dialogue et de découverte pour ces artistes », souligne-t-elle.
Deux projections ont ponctué la journée, ce qui a permis d’offrir des regards singuliers sur l’identité, l’intime et la condition humaine. La première séance réunissait trois courts métrages — Petit mollusque (3 min) de Catherine Dulude, Mettre un pied à terre (22 min) de Myriam Vaudry et Deux moments de vie (16 min) de Quitterie Hervouet — qui explorent fragments de vie et transitions. La deuxième associait le court et le long avec Johanne, tout simplement, de Nadine Valcin, un portrait touchant et nuancé, porté par une approche profondément humaine et sincère.
La programmation s’est distinguée par sa diversité artistique, que Cynthia-Laure Etom considère comme un véritable moteur de renouvellement. « Ces œuvres montrent que le cinéma franco canadien n’est pas homogène. Elles sont traversées par des identités, des langues et des accents multiples, reflet des territoires et des parcours. Cette pluralité ouvre la porte à de nouveaux récits et à de nouvelles esthétiques », dit-elle.
Pensé comme un moment privilégié pour le public torontois, le festival proposait une sélection actuelle et audacieuse, dans un cadre chaleureux et accessible. « C’est aussi l’occasion de découvrir des films qui ne circulent pas toujours dans les circuits traditionnels », rappelle la directrice culturelle, qui insiste sur le rôle fondamental de la diffusion pour les artistes francophones en situation minoritaire.
« La visibilité est essentielle. Sans elle, les œuvres existent moins dans l’espace public, précise-t-elle. Donc, offrir un public, une scène et un contexte d’échange, c’est soutenir concrètement les artistes et renforcer leurs parcours. C’est un véritable acte culturel. »
Si les thèmes de l’identité et de l’intime traversent largement la programmation, ils ne relèvent pas d’un choix imposé. « Après des échanges avec les membres de RACCORD, une thématique s’est naturellement dégagée, explique Cynthia-Laure Etom. Le projet visait avant tout à mettre en avant des œuvres qui parlent de l’humain, des héritages et de la construction de soi. Ce sont des thèmes universels, mais avec une résonance particulière dans le contexte canadien, marqué par la pluralité culturelle et la réalité des milieux francophones minoritaires. »
La juxtaposition de courts et de longs métrages a souligné la richesse et la vitalité du cinéma francophone : le court, souvent première étape d’un parcours artistique, et le long, aboutissement d’un travail narratif approfondi. Johanne, tout simplement, film phare de la soirée, a incarné cette complémentarité et symbolisé le lien entre art et reconnaissance culturelle, au-delà du cadre symbolique du Mois de l’histoire des Noirs.
« C’est une œuvre forte et sensible qui incarne parfaitement l’esprit de cette programmation, en donnant une place centrale à une voix et à une trajectoire, confirme Mme Etom. Elle contribue à une meilleure représentation et à une reconnaissance culturelle indispensable, rappelant ainsi que cette reconnaissance doit s’inscrire tout au long de l’année.
« Ce n’est pas uniquement en février qu’il faut célébrer ces histoires, mais 365 jours par an », conclut-elle.
Le bilan de cette édition 2026 est résolument positif. Avec une belle fréquentation et la présence de deux cinéastes franco-torontoises, les échanges avec le public ont confirmé l’importance de créer et de maintenir des espaces où le cinéma francophone canadien peut être célébré à Toronto. Une dynamique que l’AFT et le RACCORD entendent bien poursuivre.
Photo : Le public assiste à un échange entre Cynthia-Laure Etom et la réalisatrice Nadine Valcin. (Crédit : RACCORD)





