Plusieurs obstacles tels que le logement, l’appartenance et l’emploi peuvent se croiser dans le parcours des immigrants franco-africains et racisés en Ontario. Entre difficultés matérielles, tensions familiales et recherche de repères, une série documentaire de La Passerelle-I.D.É. ouvre un espace consacré aux expériences vécues, aux barrières institutionnelles et aux pistes d’action.
Olaïsha Francis – IJL – Le Métropolitain
La Passerelle-I.D.É. a présenté le 24 septembre une émission spéciale en direct consacrée aux enjeux vécus par les communautés francophones noires et racisées de la province. Animée par Mohamed Boudjenane, ancien journaliste à Queen’s Park, cette rencontre réunissait Rabia El Haddad, Maryse Bermingham et Shequita Thompson-Reid autour de trois thèmes : le logement, l’intégration et les possibilités économiques. L’initiative s’inscrit dans la série documentaire « Une réalité, 3 angles, 3 histoires », réalisée par Wissam Amil avec le soutien financier de Patrimoine canadien.
Les trois épisodes donnent la parole à des immigrants franco-africains et maghrébins confrontés à des questions d’identité, d’appartenance, d’intégration et d’exclusion. Le premier raconte le parcours de Bérénice face aux difficultés liées au logement et à l’emploi; le deuxième s’intéresse aux tensions culturelles entre parents immigrés et enfants; le troisième suit Rachel Mitéo, entrepreneure à Sudbury.
Lors de l’émission en direct, Rabia El Haddad; consultante et experte dans la crise de logement, a abordé la crise résidentielle à Toronto. Selon les éléments présentés dans la discussion, les loyers élevés, les exigences liées au revenu, au crédit canadien et aux références locatives peuvent compliquer l’accès à un logement pour certains nouveaux arrivants. Une étude du Centre canadien pour les droits au logement indique par ailleurs que les nouveaux arrivants peuvent subir jusqu’à 11 fois plus de pratiques discriminatoires que la population d’origine lors d’une recherche locative.
Maryse Bermingham, sociologue et formatrice en compétences culturelles, s’est penchée sur les dynamiques familiales. Les différences culturelles entre parents et enfants peuvent créer des tensions lorsque les plus jeunes adoptent rapidement certaines normes de la société canadienne, alors que leurs parents cherchent à préserver des repères issus de leur pays d’origine. La spécialiste a aussi évoqué le déclassement social et la nécessité d’un accompagnement adapté aux réalités familiales.
Pour sa part, Shequita Thompson-Reid, directrice générale du Delta Family Resource Centre, a abordé les questions identitaires chez les jeunes issus de l’immigration. Entre héritage familial, environnement majoritairement anglophone et expériences liées à la racialisation, ceux-ci peuvent se retrouver au croisement de plusieurs appartenances. La représentation de modèles diversifiés ainsi que le rôle des organismes communautaires ont fait partie des pistes évoquées.
L’émission a également replacé ces témoignages dans une perspective économique. Selon Statistique Canada, le taux d’emploi des personnes noires âgées de 25 à 54 ans s’établissait à 77,2 % en août 2025, par rapport à 82,8 % pour l’ensemble de cette tranche d’âge. L’organisme précise toutefois que les résultats varient selon le lieu de naissance, le statut d’immigrant et la génération.
Pour Léonie Tchatat, directrice générale de La Passerelle-I.D.É., ces données doivent alimenter une réflexion sur l’efficacité réelle des politiques publiques. « Une politique peut promettre l’inclusion. La vraie question est : qui parvient à en bénéficier? », a-t-elle déclaré.
La production a été accompagnée par Marianne Rodrigues, de VirtualEThere Livestreaming, pour la diffusion en direct. La rediffusion de l’émission ainsi que les trois épisodes demeurent accessibles sur le site de La Passerelle-I.D.É.
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Photo : Mohamed Boudjenane et Léonie Tchatat pendant l’émission (Photo : Capture d’écran)




