À Toronto, une initiative culturelle cherche à rapprocher les créateurs du public et des professionnels du milieu. Pour sa prochaine édition, cette manifestation entend offrir une vitrine aux talents émergents, favoriser les échanges et ouvrir ses portes à plusieurs disciplines artistiques, avec une programmation qui reflète les transformations du secteur.
Olaïsha Francis – IJL – Le Métropolitain
Le Festival du film Open World Toronto (OWT) tiendra sa 11e édition du 25 au 27 septembre aux Kensington Studios. De 20 à 25 œuvres issues de la sélection officielle seront projetées, aux côtés de rencontres, discussions, prestations et activités destinées aux professionnels comme aux visiteurs.
Fondé par l’actrice Sabine Mondestin et le producteur Steve Lareau, l’événement indépendant repose sur une idée que la qualité d’une œuvre ne devrait pas dépendre des ressources financières, de la renommée ou du réseau dont dispose son créateur. Le festival souhaite ainsi offrir une plateforme aux cinéastes, scénaristes, interprètes, photographes et autres artistes.
« Nous avons choisi de donner une vraie chance aux films indépendants sans demander d’abord au cinéaste s’il a le bon budget, le bon nom ou les bonnes connexions », explique Mme Mondestin. Selon elle, le travail accompli avec les moyens disponibles doit occuper une place prépondérante dans l’évaluation d’un projet.
Née au Québec, l’actrice d’origine haïtienne vit à Toronto depuis plus d’une décennie. Son parcours personnel nourrit aussi sa vision culturelle. « Au fil des années, j’y ai construit une vie qui porte toutes ces identités en même temps — sans avoir besoin d’en effacer une pour faire de la place à l’autre », confie-t-elle.
Cette diversité se retrouve dans la formule retenue pour cette année. Aux projections s’ajouteront des séances de questions-réponses avec les réalisateurs, des entrevues et prises de vue sur le tapis rouge, des tables rondes professionnelles, des occasions de réseautage ainsi que des spectacles et présentations. La mode et les arts visuels occuperont également une place importante, avec des remises de prix et des hommages.
La compétition comportera plusieurs distinctions. Les catégories comprennent notamment le meilleur court-métrage, long métrage, documentaire, film d’animation, scénario, réalisateur, acteur et actrice. Le jury pourra aussi récompenser une bande-annonce, un clip vidéo, une série web, une photographie, une œuvre expérimentale, le son ou la musique.
Une présentation locale ainsi qu’une présentation francophone figurent également au programme. Cette dernière vise à offrir une vitrine à une communauté minoritaire encore peu représentée dans les grands rendez-vous cinématographiques. Cette programmation constitue une occasion de faire découvrir des œuvres en français et de favoriser leur rencontre avec un public plus large, dans une ville où les communautés culturelles et linguistiques occupent une place importante.
Une nouveauté s’ajoute aux catégories : le prix du meilleur film utilisant l’intelligence artificielle. Sabine Mondestin considère cette technologie comme une évolution incontournable. « On se rend compte que l’intelligence artificielle est devenue inévitable. Au lieu de la fuir ou d’avoir peur, nous voulons commencer à l’embrasser et considérer comme un outil », affirme-t-elle.
L’édition 2026 misera aussi sur une dimension artistique élargie. Des ensembles-cadeaux seront remis au public et aux cinéastes. Des designers africains ont par ailleurs été invités à présenter leur art.
Pour la cofondatrice, le modèle du Festival du film OWT se distingue notamment par sa volonté de créer des rencontres. Un acteur peut y croiser un réalisateur, un scénariste, un producteur, tandis qu’un photographe peut trouver un futur partenaire professionnel. Le public, lui, peut découvrir des créateurs dont il suivra ensuite la carrière.
Cette philosophie s’accompagne d’un regard critique sur les grands rendez-vous cinématographiques torontois. Sabine Mondestin reconnaît l’importance du Festival international du film de Toronto (TIFF), mais remarque son accès difficile pour une partie de la population.
« Des festivals comme le TIFF, que j’aime beaucoup et que je trouve qu’on est chanceux d’avoir, ne donne pas assez la chance aux Canadiens de briller. En plus d’être excessivement cher et exclusif, on entend souvent parler des grands acteurs américains qui foulent le tapis rouge mais on devrait laisser la chance aux cinéastes et acteurs canadien d’être soulignés », soutient-elle. Elle souhaite notamment voir davantage d’acteurs et de cinéastes du pays mis de l’avant sur les grandes scènes locales.
Avec sa prochaine édition, le Festival OWT entend donc maintenir une approche ouverte aux différentes formes de création. Le rendez-vous proposera trois jours consacrés aux films, aux arts et aux échanges, avec l’ambition de transformer une simple projection en point de départ pour de nouvelles collaborations.
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BP
Photo : Les cofondateurs Steve Lareau et Sabine Mondestin sur le tapis rouge de l’OWT (Crédit : Festival du film OWT)





