Alexia Grousson

En 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a fait de l’immigration francophone un levier central de sa stratégie démographique et économique, en particulier à l’extérieur du Québec. Cette orientation se reflète clairement dans le système Entrée express, les cibles d’admission et les investissements fédéraux visant à renforcer les communautés francophones en situation minoritaire et à faciliter l’accès à la résidence permanente pour les personnes maîtrisant le français.

Mis en place en 2015, le système Entrée express constitue le principal mécanisme de sélection des immigrants au Canada. Il gère notamment le Programme des travailleurs qualifiés, la catégorie de l’expérience canadienne et certains volets de la désignation provinciale. Les candidats sont évalués à partir d’un système de points, le Système de classement global, qui prend en compte l’âge, la formation, l’expérience professionnelle et les compétences linguistiques.

Dans ce contexte, la maîtrise du français représente un atout majeur, puisqu’elle peut rapporter jusqu’à 50 points supplémentaires, même lorsque le français est la langue seconde du candidat. Pour en bénéficier, il faut obtenir un niveau minimal de 7 sur 9, dans les quatre compétences linguistiques selon les Niveaux de compétence linguistique canadiens, à l’aide d’un test reconnu comme le TEF Canada ou le TCF Canada.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, les travailleurs francophones ont représenté 42 % des personnes invitées à présenter une demande de résidence permanente dans le cadre du Programme des travailleurs qualifiés. Sur un total de 113 998 candidats sélectionnés, près de 48 000 l’ont été en raison de leur maîtrise du français. Le dernier tirage de décembre 2025 a d’ailleurs émis 6000 invitations avec un seuil de sélection relativement bas, fixé à 399 points, ce qui illustre l’avantage concret accordé aux francophones.

Depuis juin 2022, le gouvernement fédéral a renforcé cette approche en introduisant la sélection par catégorie, communément appelée Sélection axée sur les catégories. Ce mécanisme permet de privilégier les candidats qui possèdent une expérience dans des secteurs clés ou une forte maîtrise du français. Ils sont donc sélectionnés selon leur profil et non leur score. Cette mesure vise à mieux répondre aux besoins du marché du travail tout en assurant la vitalité et la pérennité des communautés francophones à travers le pays.

L’engagement d’Ottawa en faveur de l’immigration francophone se traduit également par des cibles en hausse. La proportion de nouveaux arrivants francophones hors Québec passera progressivement à 9,5 % en 2026, 10 % en 2027, pour atteindre 12 % d’ici 2029. Cet effort s’inscrit dans une volonté claire de freiner le déclin démographique des francophones hors Québec, dont le poids est passé de 6,1 % en 1971 à environ 4 % aujourd’hui, et de préserver le caractère bilingue et multiculturel du Canada.

Parallèlement, le gouvernement fédéral a multiplié les initiatives pour attirer et retenir les résidents temporaires francophones. Au cours des deux dernières années, les exigences linguistiques pour l’obtention de certains permis de travail ont été assouplies et l’obligation d’une offre d’emploi a été levée dans certains cas. Un programme pilote destiné aux étudiants francophones a également réduit les exigences financières à l’admission et offre un accès accéléré à la résidence permanente après l’obtention du diplôme.

Ce contexte contraste avec le système québécois, qui a récemment abaissé ses seuils d’immigration et renforcé ses exigences linguistiques, limitant ainsi les possibilités, y compris pour certains candidats francophones. À l’inverse, le gouvernement fédéral mise activement sur l’immigration francophone hors Québec, en proposant des seuils de sélection plus bas, des cibles accrues et des volets provinciaux spécifiquement dédiés aux francophones. Il est par ailleurs important de rappeler qu’une fois la résidence permanente obtenue, les nouveaux arrivants ont la liberté de s’établir partout au pays, y compris au Québec.

Dans ce contexte, parler français constitue aujourd’hui un véritable avantage compétitif pour les travailleurs qualifiés. Plus qu’une compétence linguistique, le français devient un passeport privilégié vers la résidence permanente et un outil stratégique pour ceux qui souhaitent bâtir leur avenir au Canada.

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