Pendant deux semaines, Le Labo transforme l’hiver torontois en espace de création, de réflexion et de rencontres. Avec sa deuxième édition de Permanence hivernale, l’organisme propose un rendez-vous structurant pour les artistes francophones, misant sur la collaboration, le partage des savoirs et l’affirmation culturelle en contexte minoritaire.

Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain

Le Labo présente la deuxième édition de Permanence hivernale, un événement désormais bien identifié par les artistes francophones du Grand Toronto. Pensé comme un temps fort de la saison hivernale, le festival vise à soutenir la création artistique tout en renforçant les liens professionnels et communautaires.

Lancée le 17 janvier, cette démarche confirme la mission du projet soit d’offrir aux artistes un cadre structurant pour développer leurs pratiques, échanger leurs idées et briser l’isolement souvent ressenti en contexte minoritaire. Sur une période de deux semaines, ateliers, projections et activités de réseautage s’enchaînent dans un format volontairement intime.

La programmation s’articule autour de trois axes principaux : la pratique artistique, le développement professionnel et la vie collective. S’y retrouvent des activités de fabrication et d’autoédition, des discussions sur l’intelligence artificielle, l’écoresponsabilité et les réalités économiques du milieu, ainsi que des espaces d’expérimentation et de travail collaboratif. L’ensemble vise à outiller les artistes, tant sur le plan créatif que personnel, tout en valorisant l’usage du français.

Selon Gabriel Córdova, responsable des communications du Labo, l’édition 2026 marque une étape importante dans l’évolution du festival. « Cette année, nous avons plus de programmation, plus de collaborations et davantage de partenaires. Nous avons désormais une personne dédiée exclusivement aux partenariats au sein de l’équipe », précise-t-il. Parmi les organismes associés figurent notamment l’Office national du film, l’Université de l’Ontario français, le Conseil des arts de l’Ontario, FrancoQueer et Actual Book Club. Si la programmation demeure majoritairement francophone, certains événements ont été pensés pour rejoindre un public plus diversifié, notamment anglophone et allophone.

Parmi les moments forts figure la projection de Chasseuse de son (2022), coréalisé par Tanya Tagaq et Chelsea McMullan. Présenté en version originale anglaise et inuktitut, avec sous-titres français, le film propose un regard rare sur les réalités nordiques et l’expérience autochtone. « Ce sont des sujets encore peu accessibles aux francophones du Canada, et particulièrement à Toronto », souligne Gabriel Córdova.

Le festival répond également à un besoin fort de structuration de la communauté artistique francophone. Des activités réservées aux membres, dont une soirée de projection mettant en valeur leurs œuvres, favorisent les échanges et la reconnaissance mutuelle. « En tant qu’artistes francophones en situation minoritaire, nous avons besoin d’une communauté forte pour survivre », rappelle M. Córdova.

Un autre volet central concerne les enjeux économiques et professionnels. Ateliers sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle, accompagnement de projets, réflexion sur la valeur du travail artistique et webinaires sur les demandes de subventions permettent de mieux comprendre les mécanismes de financement. « Nous sommes avant tout des artistes. Sans ressources financières, il n’y a plus d’art. Ce sont des thèmes essentiels, mais qu’on aborde rarement », insiste Gabriel Córdova.

Le titre Permanence hivernale reflète enfin l’intention du projet : affirmer la présence continue des artistes, même durant une période traditionnellement plus calme. « L’hiver est propice au repli. Le Labo crée une occasion de se rassembler, de se voir et de réseauter. C’est aussi lié aux résolutions de la nouvelle année, à l’idée d’un nouveau départ », poursuit-il.

Fort du succès de cette seconde édition, le festival se conclura le dimanche 1er février, avec un brunch, ouvert au public, qui mettra à l’honneur la création collective et le partage. Permanence hivernale, « c’est un petit festival par son format, mais porteur d’un impact significatif pour la communauté ».

En favorisant les échanges, la transmission et la reconnaissance entre pairs, Permanence hivernale contribue à consolider un écosystème artistique francophone encore fragile dans le Grand Toronto. Au-delà des ateliers et des projections, l’événement agit comme un point d’ancrage hivernal, renforçant le sentiment d’appartenance et la visibilité d’une communauté créative qui affirme sa présence, sa pertinence et sa capacité à durer.

Photo :  Les artistes se retrouvent durant l’atelier Polaroid en ville. (Crédit : Le Labo)