Longtemps invisibles, les proches aidants jouent un rôle central auprès des personnes vulnérables. Une présence discrète mais essentielle, qui soutient silencieusement tout un pan du système de santé. Face à l’épuisement grandissant de ces millions de Canadiens, l’Ontario a décidé de miser sur la prévention et la santé mentale grâce au programme ANCRÉ.

Chrismène Dorme

En 2022, Statistique Canada révélait que 42 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus, soit 13,4 millions de personnes, avaient offert des soins non rémunérés au cours des 12 mois précédents à un enfant ou à un adulte ayant besoin d’aide. Un chiffre qui donne la mesure d’un engagement colossal, souvent assumé dans l’ombre. Mais derrière cette générosité, une question persiste : qui prend soin des aidants?

Les proches aidants sont des membres de la famille, des amis ou des personnes considérées comme telles, qui soutiennent un proche en raison d’une déficience physique, intellectuelle ou développementale, d’un problème de santé ou d’une maladie mentale. On les qualifie fréquemment d’« aidants non rémunérés », tant leur contribution repose sur un engagement personnel plutôt que sur un cadre professionnel. Ils accompagnent, organisent, rassurent, coordonnent et, bien souvent, portent une charge émotionnelle considérable.

Face à cette réalité, l’Organisme de soutien aux aidants naturels de l’Ontario (OSANO) s’est donné pour mission d’offrir un appui concret aux aidants de la province.

« Les personnes aidantes sont la pierre angulaire de notre système de santé et fournissent jusqu’à 90 % des soins aux patients quand on regarde l’ensemble des tâches qu’elles accomplissent pour soutenir leurs proches », explique Sarah Calvin, gestionnaire de l’engagement régional chez OSANO.

Mais cet engagement a un coût. Selon le rapport annuel Pleins feux 2025 sur les personnes aidantes de l’Ontario mené par OSANO, 69 % des aidants se disent tellement épuisés qu’ils ne savent pas comment ils pourront continuer à assumer leur rôle, tandis que 72 % estiment que leurs responsabilités les empêchent de maintenir de saines habitudes de vie.

« Les personnes aidantes ont vraiment besoin de plus de soutien pour pouvoir prendre soin de la personne dont elles s’occupent, mais aussi de leur propre bien-être », souligne-t-elle.

La détérioration de la santé du proche, la pression financière liée aux coûts des soins et la nécessité constante de veiller à ce que chaque besoin soit comblé figurent parmi les principales sources de stress. À cela s’ajoute un poids émotionnel souvent difficile à exprimer. C’est précisément cette dimension que cherche à aborder le plan ANCRÉ.

Le programme ANCRÉ — pour Aidance naturelle, conscience de soi, reconnaissance et éducation — a été conçu pour aider les proches aidants à développer les compétences nécessaires afin de concilier leurs responsabilités et leurs besoins personnels.

À l’origine de son élaboration, un groupe de travail en santé mentale composé de professionnels du secteur. « Notre but était de traiter des thèmes universels et de toucher aux aspects émotionnels de l’expérience d’aidance », précise Mme Calvin. Chaque semaine, un thème particulier est exploré, et les participants ont accès gratuitement à des services de santé mentale. L’objectif est d’approfondir ces thèmes à partir du vécu personnel de chacun.

Initialement pensé comme une démarche de promotion de la santé mentale, ANCRÉ vise à rappeler aux aidants une évidence trop souvent mise de côté : leur propre bien-être compte. « Il est facile d’oublier de prendre soin de soi-même. ANCRÉ permet de remettre la lumière sur l’importance de son bien-être », insiste Sarah Calvin.

Pour répondre à son mandat provincial, OSANO propose également une version en ligne et un accompagnement par téléphone, en français et en anglais. L’organisme collabore avec des partenaires communautaires afin de maintenir une offre en présentiel dans différentes structures, comme des équipes de santé familiale, des centres de santé communautaires ou des foyers de soins de longue durée.

Les retombées du programme sont encourageantes. Les sondages de satisfaction indiquent que 91 % des participants affirment mieux connaître les outils et stratégies pour préserver leur bien-être tout en aidant un proche, et 83 % se sentent désormais prêts à affronter les défis liés à leur rôle, toujours selon le rapport Pleins feux 2025.

Les besoins, toutefois, ne cessent de croître. L’Ontario compte à l’heure actuelle 4,2 millions de personnes aidantes et, selon les projections d’OSANO, leur nombre pourrait augmenter de plus de 50 % au cours des cinq prochaines années.

« Cela impliquera davantage de personnes qui auront besoin d’un soutien accru. Notre objectif est de parvenir à les atteindre avant même le moment où elles auront besoin d’aide », conclut Sarah Calvin.

À mesure que la population vieillit et que les soins à domicile prennent de l’ampleur, les proches aidants demeurent un pilier indispensable. Leur offrir des ressources adaptées n’est plus seulement un geste de reconnaissance : c’est une nécessité collective.

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Photo : Sarah Calvin (Crédit : OSANO)