Après plusieurs mois de consultations, la francophonie ontarienne dispose désormais d’un portrait collectif de ses défis et de pistes pour y répondre. Le prochain défi consiste à transformer cette réflexion en engagements concrets, avec des responsabilités définies, des priorités partagées et des mécanismes capables de mesurer les progrès.
Olaïsha Francis – IJL – Le Métropolitain
Le Livre blanc de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), publié le 1er septembre 2026, marque une nouvelle étape dans la démarche. Après une vaste consultation amorcée en 2025, les organismes disposent maintenant de recommandations destinées à guider l’évolution de la francophonie ontarienne au cours des prochaines décennies.
Le document part d’un constat majeur : la population francophone augmente en nombre, mais diminue en proportion. Elle représentait 4,6 % de la population ontarienne en 2021. Le renouvellement démographique dépend aussi fortement de l’immigration, alors que plusieurs régions connaissent des réalités très différentes. L’organisme provincial estime donc nécessaire de dépasser une simple logique d’offre de services afin de créer des parcours de vie complets en français.
Cette réflexion s’appuie sur les échanges menés lors des visites des États généraux. Ces rencontres ont permis de recueillir les préoccupations du terrain et de faire ressortir une attente récurrente : les responsabilités doivent être plus claires. Les acteurs souhaitent savoir qui doit agir, à quelle échelle, avec quels moyens et selon quels résultats. La coordination entre les niveaux provincial, régional et sectoriel constitue ainsi un enjeu central.
L’AFO ne recommande pas une fusion des organismes similaires, mais les encourage à travailler ensemble afin de déterminer quelles fonctions peuvent être préservées, mutualisées ou réorganisées au besoin, dans le but de mieux servir la société franco-ontarienne et éviter les dédoublements.
Le Livre blanc organise cette vision autour de quatre chantiers. Le premier porte sur l’immigration, l’appartenance et la participation, avec l’objectif de favoriser l’ancrage durable des nouveaux arrivants. Le deuxième concerne les services en français et la continuité des parcours. Le troisième vise la capacité communautaire et l’organisation des ressources. Enfin, le dernier s’intéresse à la gouvernance, à la coordination et au suivi.
Ces quatre axes donnent naissance à 12 recommandations stratégiques. Parmi celles-ci figurent la création d’un plan d’action communautaire, l’élaboration d’une stratégie ontarienne de vitalité à l’horizon 2050, une attention particulière aux réalités du Nord, qui diffèrent de celles du reste de la province, une réforme du financement communautaire fédéral ainsi qu’un renforcement de l’immigration économique francophone. Le Livre blanc insiste également sur la nécessité de garantir un accès réel aux services en français.
« Ces propositions doivent être comprises comme une architecture cohérente plutôt que comme une succession de demandes indépendantes. L’objectif consiste désormais à passer d’une concertation générale à des responsabilités identifiables, des résultats attendus et un suivi public. Le dispositif ne doit toutefois pas créer une nouvelle structure de gouvernance qui alourdirait davantage les capacités déjà limitées du milieu », explique Peter Hominuk, directeur général de l’AFO.
La prochaine étape repose d’abord sur l’appropriation du contenu par les organismes. Ceux-ci sont invités à examiner les recommandations avec leurs conseils d’administration respectifs et leurs équipes, puis à déterminer les initiatives qu’ils mènent déjà, celles qu’ils pourraient porter, les partenaires concernés ainsi que les ressources nécessaires. Cette démarche doit permettre de dresser une première cartographie des engagements et des capacités avant le Congrès annuel.
Prévu du 22 au 24 octobre, celui-ci ne servira donc pas à reprendre les États généraux ni à établir un nouveau diagnostic. Il devra plutôt permettre de déterminer les priorités pour les 18 à 24 prochains mois, de définir le rôle de coordination de l’AFO, de répartir les responsabilités et de convenir des moyens pour mesurer les résultats.
Après cette rencontre, un plan d’action communautaire devrait préciser, pour chaque mesure, le résultat recherché, le responsable, les partenaires, les ressources, les échéanciers et les indicateurs. Certaines initiatives relèveront du provincial, d’autres du régional, du sectoriel ou des gouvernements. L’équipe de Peter Hominuk aura notamment pour mandat d’assurer la cohérence d’ensemble, de porter les demandes communes et de faciliter le suivi.
Sonia Behilil, directrice des politiques et des relations gouvernementales de l’AFO, espère que « le Congrès deviendra un véritable espace d’élaboration et de réflexion, capable de rapprocher la communauté d’un plan d’action concret. La cartographie préparée avant octobre doit servir de point de départ à ce travail ».
Le résultat attendu dépasse donc l’adoption symbolique d’un document. La communauté doit ressortir du Congrès avec des priorités, des engagements et une méthode de suivi. Des comptes devront ensuite être rendus sur les progrès accomplis. Pour la francophonie ontarienne, le Livre blanc constitue ainsi le lien entre le diagnostic établi par les États généraux et une troisième phase consacrée à l’action collective, intitulée L’Acte 3 : transformer ensemble.
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Photo : Couverture du Livre blanc de l’AFO (Crédit : AFO)





