Porté par des leaders communautaires et appuyé par des partenaires institutionnels, un nouvel organisme voit le jour dans la capitale ontarienne pour mieux répondre aux besoins des immigrants noirs francophones. Il vise à structurer les services, renforcer leurs capacités et favoriser leur pleine participation à la société.
Chrismène Dorme – IJL – Le Métropolitain
Dans la métropole canadienne, la diversité de la francophonie s’affirme avec force. Selon les données de Statistique Canada (2021), 17,9 % des francophones de la Ville reine s’identifient comme Noirs, soit près du double de leur proportion dans l’ensemble de la population torontoise (9,6 %). Un écart qui illustre le poids démographique des communautés noires au sein de la francophonie locale, encore trop souvent sous-estimé.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé officiellement, le 7 février 2026, le Réseau d’intégration et d’autonomisation des immigrants francophones en Ontario (RIAIFO). L’organisme communautaire entend répondre aux défis particuliers des immigrants afrodescendants francophones en misant sur l’inclusion, l’équité et des actions concrètes.
Beaucoup arrivent en Ontario attirés par les perspectives économiques. Cependant, évoluer dans un environnement majoritairement anglophone tout en recherchant des services en français adaptés à leur réalité culturelle constitue un double défi.
Bien que créé le 31 juillet 2024, l’organisme a choisi de rendre public son lancement au cours du Mois de l’histoire des Noirs. « Dès que nous avons obtenu un premier financement, il nous a semblé important d’inscrire ce lancement dans ce moment symbolique, explique son directeur général, le Dr Djo Matangwa. Il s’agissait d’honorer l’héritage, la résilience et les contributions des communautés noires, tout en affirmant notre volonté de passer de la reconnaissance à l’action. »
Malgré le froid hivernal, une quarantaine de personnes ont participé à la rencontre inaugurale, intitulée « Notre histoire, notre force : pour un Ontario inclusif, équitable et résolument antiraciste ». Des leaders communautaires ivoiriens, burundais, congolais et malgaches, des représentants d’organismes tels que People of Motherland, des élus, des acteurs institutionnels et de jeunes leaders étaient présents.
Le recteur de l’Université de l’Ontario français, Normand Labrie; le député provincial de Scarborough-Centre, David Smith; ainsi qu’Ibrahima Gueye, de la Fondation canadienne des relations raciales qui a financé l’événement, figuraient parmi les panélistes et invités.
Les échanges ont mis en lumière des trajectoires souvent peu visibles et des obstacles persistants, notamment les barrières linguistiques dans l’accès aux services, la non-reconnaissance des diplômes et de l’expérience acquise à l’étranger, le racisme systémique, l’isolement social, le manque de réseaux et la rareté d’espaces francophones inclusifs. Les jeunes et les femmes immigrantes sont confrontés à des enjeux particuliers, ont souligné plusieurs intervenants.
« Malgré la disponibilité de services publics, beaucoup vivent une fragmentation du soutien, des dispositifs peu adaptés culturellement et une exclusion des processus décisionnels qui influencent leur quotidien », observe le Dr Matangwa.
Pour répondre à ces constats, le RIAIFO déploiera plusieurs axes d’intervention. L’organisme prévoit d’offrir de l’information et un accompagnement vers l’emploi, un appui à la reconversion professionnelle, des programmes de mentorat et de formation, des activités favorisant l’intégration sociale et culturelle ainsi que des ateliers de littératie financière et numérique afin de soutenir l’autonomie économique.
Ce qui distingue l’organisme, selon son directeur, est « une approche holistique, inclusive et coconstruite », inspirée de la philosophie africaine Ubuntu, résumée par l’expression « Je suis parce que nous sommes », qui lie étroitement l’épanouissement individuel au bien-être collectif. Depuis 2022, des consultations en ligne et en personne ont permis de cerner les besoins prioritaires et les lacunes des services existants, orientant directement la mission et la conception des programmes.
À court et moyen termes, le RIAIFO souhaite consolider sa gouvernance et assurer un financement stable pour accroître sa portée. Malgré tout, les défis restent importants notamment la pérennité des ressources financières, l’adaptation continue des services à des profils variés et l’évolution rapide des besoins. Conscient de l’ampleur de la tâche, l’organisme mise sur des partenariats étroits avec les réseaux francophones et anglophones, les municipalités et les différents paliers de gouvernement.
« La francophonie ontarienne est riche et dynamique, mais aussi profondément plurielle. Reconnaître cette diversité, c’est éviter les cloisonnements, souligne le Dr Matangwa. Une communauté mieux connectée en est une plus forte et plus autonome », conclut-il.
En s’appuyant sur le dialogue, la concertation et l’action, le RIAIFO espère ainsi contribuer à un Ontario plus inclusif, où les immigrants noirs francophones pourront pleinement faire entendre leur voix et déployer leur potentiel.
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Photo : Les membres du panel et le député provincial David Smith (Crédit : RIAIFO)





