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Chrismène Dorme

Des chercheurs, des intervenants communautaires, ainsi que des décideurs publics sont venus des quatre coins du pays — notamment du Manitoba, de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick et du Québec — à l’Université de l’Ontario français le 5 mars, pour réfléchir à un enjeu central pour l’avenir de la francophonie canadienne : le rôle de l’immigration dans la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire.

Organisée par l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), en collaboration avec l’Université métropolitaine de Toronto sous le thème « Immigration et vitalité des communautés francophones et acadiennes », la rencontre en était à sa troisième édition. Inscrite dans le cadre du Mois de la Francophonie, afin de nourrir une réflexion à la fois théorique et pratique autour d’une question fondamentale : comment penser la vitalité francophone au-delà des seuls indicateurs démographiques?

Pour Kimberley Jean, directrice générale de l’OIFC, la tenue de l’événement au cours du Mois de la Francophonie revêt une portée symbolique importante. « C’est une reconnaissance du fait que l’immigration est le principal levier de la vitalité des communautés francophones, souligne-t-elle. Il est important de ne pas trop segmenter les discussions. »

C’est précisément dans cette optique que le séminaire a été conçu : créer un espace de dialogue entre les différents acteurs concernés par l’immigration francophone. « Nous voulions réunir autour de la même table les acteurs clés, pour discuter ensemble de l’immigration francophone comme levier de vitalité des communautés francophones en situation minoritaire », précise Mme Jean.

Tout au long de la journée, les discussions se sont articulées autour de trois panels et de plusieurs tables rondes réunissant universitaires, experts et représentants d’institutions fédérales. Des organismes tels qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Patrimoine canadien et Statistique Canada figuraient parmi les participants.

Ces échanges ont permis à chaque entité de présenter sa perspective et de mettre en lumière les principaux défis liés à la sélection, à l’accueil et à l’intégration des personnes immigrantes francophones. La question de la rétention des personnes immigrantes est revenue à plusieurs reprises dans les discussions, tout comme celle du sentiment d’appartenance au sein des communautés francophones.

Parmi les thèmes ayant suscité le plus d’échanges figure la définition même de la vitalité des communautés francophones. Les participants ont débattu de la manière dont cette vitalité se mesure et se vit concrètement. Est-elle uniquement liée au nombre de nouveaux résidents permanents francophones? Ou doit-elle plutôt être évaluée sur la base de leur intégration économique, sociale et culturelle?

Les idées et résultats issus de ce séminaire viendront alimenter les travaux futurs de l’OIFC. L’objectif est clair : favoriser des décisions éclairées, tant dans l’élaboration des politiques publiques que dans les pratiques institutionnelles et les actions menées sur le terrain.

« Il s’agit de pouvoir prendre des décisions basées sur des données probantes », explique Kimberley Jean.

Pour la directrice générale, la réussite des personnes immigrantes francophones doit rester au cœur de toutes les réflexions. « Il ne faut pas oublier qu’avant tout, le dossier de l’immigration francophone, ce sont des individus : des hommes, des femmes, des familles qui choisissent de venir s’installer et de faire communauté avec nous », rappelle-t-elle.

Dans cette perspective, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de promouvoir une immigration bienveillante, qui tienne compte de la réalité vécue par les personnes migrantes et assure une meilleure cohérence entre politiques publiques, pratiques institutionnelles et expériences concrètes.

Au-delà des politiques nationales, les communautés francophones locales jouent aussi un rôle déterminant dans cette dynamique. À Toronto, Kimberley Jean souligne l’existence d’un milieu francophone « accueillant et vibrant », déjà engagé dans des pratiques exemplaires en matière d’accueil, d’intégration et de rétention des personnes immigrantes. Selon elle, ces initiatives pourraient servir de modèle et être partagées avec d’autres régions du pays afin de renforcer l’ensemble de la francophonie canadienne.

Photo :Participants et panélistes écoutent attentivement (Crédit : Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord)