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Jackie Rancourt apporte un regard sensible sur le monde

Pendant plus de deux décennies, Jackie Rancourt a mené une double vie professionnelle. Traductrice de formation, aujourd’hui coordonnatrice des services en français au sein du gouvernement de l’Ontario, elle consacrait ses temps libres à une autre passion : la photographie. Née à Saint-Georges de Beauce, au Québec, elle a perfectionné son art en suivant des cours […]

Pendant plus de deux décennies, Jackie Rancourt a mené une double vie professionnelle. Traductrice de formation, aujourd’hui coordonnatrice des services en français au sein du gouvernement de l’Ontario, elle consacrait ses temps libres à une autre passion : la photographie.

Née à Saint-Georges de Beauce, au Québec, elle a perfectionné son art en suivant des cours à l’actuelle Toronto Metropolitan University, et a développé en parallèle une démarche artistique profondément personnelle.

Pendant près de 25 ans, ses œuvres sont demeurées à l’abri des regards, rangées dans son sous-sol. Ce n’est qu’en 2019 qu’elle décide de leur offrir une véritable visibilité. Elle soumet alors son travail au Toronto Outdoor Art Fair (TOAF), la plus importante exposition d’art en plein air au Canada, ainsi qu’au Riverdale ArtWalk. Acceptée aux deux expositions, elle choisit d’exposer au TOAF, une étape déterminante qui confirme la valeur de sa pratique et l’encourage à poursuivre son parcours artistique.

Depuis, Jackie Rancourt multiplie les expositions collectives, comme à Laird Art Gallery. Elle devient également membre du Labo et de Gallery 44, deux lieux reconnus pour la photographie contemporaine à Toronto.

Son travail se distingue par une approche expérimentale qui conjugue techniques anciennes et procédés contemporains. Pellicule grand format, impression au palladium, cyanotype, photographie infrarouge ou transferts Polaroid font partie des médiums qu’elle explore.

« J’aime l’expérimentation. Je travaille par projet; une fois un projet terminé, je passe au suivant », explique-t-elle. Son affection pour les appareils grand format participe aussi à cette philosophie : « Ils ralentissent le processus. Ce ne sont pas des appareils faciles à utiliser, alors ils m’obligent à observer davantage et à prendre mon temps.»

Pour Jackie Rancourt, la photographie est bien plus qu’un simple moyen de création. « C’est un art thérapeutique. C’est ma façon de m’exprimer. C’est un besoin. Que mes œuvres connaissent le succès ou non, je dois créer pour exprimer mes émotions.»

Cette sensibilité se reflète dans une esthétique qu’elle décrit comme onirique et empreinte d’humour. Son objectif consiste à révéler la beauté de ce qui passe souvent inaperçu. « J’essaie de trouver l’émerveillement dans les choses ordinaires. Je m’intéresse au quotidien, à ce qui n’attire généralement pas l’attention.»

Cette démarche trouve un aboutissement dans Douce France, sa première exposition solo, présentée à la Bob Carnie Gallery de Toronto du 3 au 31 juillet, et prolongée jusqu’au 29 août. L’exposition est née d’un voyage de 2500 kilomètres à travers la France, ponctué d’une résidence artistique de trois semaines en Champagne.

Prévue initialement avant la pandémie, cette résidence a finalement eu lieu en juin 2025. Jackie Rancourt y était la seule photographe parmi des artistes venus des quatre coins du monde. L’expérience lui a offert un espace entièrement consacré à la création. « Nous étions logés et nourris; je pouvais m’immerger complètement dans le processus créatif, sans penser au quotidien. Je me suis donné la permission de vivre pleinement cette expérience.»

Au fil de son périple — de Versailles à La Rochelle, de l’île de Ré à Toulouse, Carcassonne, Montpellier, Marseille et Lyon, jusqu’à la Champagne — elle réalise une série de transferts Polaroid sur papier aquarelle. Chaque image cherche à saisir l’essence d’un lieu plutôt qu’à en offrir une représentation touristique.

« Je voulais transmettre la beauté de la France en faisant ressortir un détail propre à chaque ville : un poisson à Marseille, la végétation d’un balcon à Montpellier, le château de Carcassonne… Je voulais révéler l’âme de chaque endroit visité.»

Aujourd’hui, Jackie Rancourt poursuit ses explorations photographiques avec la même curiosité qui l’anime depuis ses débuts. Si aucun nouveau projet n’est encore défini, elle envisage déjà un retour dans sa ville natale de Saint-Georges de Beauce ou encore à Terre-Neuve, deux territoires qui nourrissent déjà son imaginaire artistique.

Photos : Douce France  est  présentée à la Bob Carnie Gallery de Toronto. (Crédit : Jackie Rancourt)

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