Création d’un livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario

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L’Assemblée francophone de l’Ontario (AFO) menait sa dernière séance de consultations communautaires pour la création d’un livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario devant une quarantaine de représentants d’organismes francophones de Toronto le vendredi 27 janvier.

Par le biais de ces rencontres, l’AFO souhaite proposer un outil qui permettra la mise en œuvre d’une stratégie gagnante pour assurer la cible de 5 % que s’est donnée le gouvernement ontarien.

« Le nombre des nouveaux arrivants est à la baisse, il est maintenant à son plus bas depuis l’année 2000 avec un peu moins de 2 % d’immigration francophone », rappelle André Lalonde, consultant pour l’AFO responsable des consultations dans la province.

« Le livre blanc se veut une vision renouvelée et collective de l’immigration en Ontario », déclare-t-il avant de revenir sur les obstacles spécifiques à l’Ontario français.

C’est par table de travail que les organismes communautaires présents étaient invités à réfléchir sur les trois points inhérents à l’immigration : le recrutement, l’accueil et l’inclusion.

Que peut faire le gouvernement ontarien? Quel est le rôle de la communauté? Qu’est-ce qui doit changer, interrogeait André Lalonde.

Après le temps des consultations et des échanges, les groupes de travail venaient présenter, tour à tour, le résultat de leurs discussions devant la salle.

Les organismes francophones ont échangé sur le thème de l’immigration lors de tables de discussions

Le recrutement
« Les francophones connaissent le Québec, mais ne connaissent pas l’Ontario », déclarait Léonie Tchatat de la Passerelle I-D-É lors de la mise en commun d’idées. Une pensée partagée par l’ensemble des partenaires présents qui, à plusieurs reprises, reconnaissaient l’importance de la mise au point d’une stratégie pour vendre aux francophones un Ontario sexy.

« Il faut une vraie stratégie marketing ciblée pour chaque pays, déclarait Raphaël Lopoukhine de l’organisme Reflet Salvéo. Il faut vendre la qualité de vie de l’Ontario, son multiculturalisme et son ouverture. » Plus qu’une initiative marketing, c’est un besoin en lobbying politique qui était souligné. « Les Franco-Ontariens ne sont pas encore un vrai lobby politique », déclarait-il.

Un lobby qui pourrait alors appuyer une nouvelle stratégie ontarienne sur l’immigration francophone avec, par exemple, un nouveau programme à l’image de Destination Canada qui deviendrait Destination Ontario.

La thématique de la demande de preuve de ressources était également abordée comme un frein à l’immigration. « S’il y avait une politique semblable [lever le frein des demandes de ressources], le taux de 5 % pourrait plus facilement être réglé », déclarait Gilles Marchildon. Une déclaration qui lui a valu une salve d’applaudissements.

L’accueil
Cependant, une fois arrivé, le francophone n’est pas pour autant assuré de rejoindre les rangs de la communauté francophone, comme le rapportait Julia Ballerio-Dupé du Regroupement des étudiants franco-ontariens (REFO).

« Les services en français ne sont pas sexy pour les jeunes », déclarait-elle en clin d’œil à l’idée d’un « Ontario sexy » précédemment soulevée. Je pense qu’il y a pas mal d’idées que ça ne t’aide pas vraiment. Mais aussi, les jeunes ne se voient pas comme des immigrants. Ils viennent en découverte et s’ils aiment, ils restent. »

Le sujet de perception de cible était soulevé durant la séance qui reconnaissait l’importance d’identifier les francophones en tant que tels à leur arrivée dans la province.

« Les immigrants ne sont pas identifiés en tant que francophones quand ils arrivent. Il n’y a pas de structure qui existe », déclarait une intervenante.

Une arrivée qui pourrait être plus encadrée par les organismes francophones s’ils opéraient, entre eux, avec plus de liens.

« Quand allons-nous arrêter de nous mettre en compétition au sein des organismes francophones, interrogeait Léonie Tchatat. Il y a une complémentarité dans les services que nous pouvons offrir. » Une idée qui faisait consensus durant la réunion, se dénotant comme l’un des points les plus soulignés.

Léonie Tchatat, directrice générale de la Passerelle I-D-É, présentait les idées et recommandations soulevées par sa table de discussions.

L’inclusion
Une complémentarité entre les organismes qui, si elle saurait être bénéfique à l’accueil des immigrants francophones, le serait également quant à leur intégration socio-économique dans la province.

« Il ne faut pas enfermer les immigrants francophones sous l’étiquette d’immigrants francophones. Le francophone a des talents qu’il faut reconnaître », déclarait Fayza Abdallaoui, représentant du Mouvement ontarien pour les femmes immigrantes francophones, qui prônait l’importance de la vitalité économique.

L’inclusion ne passera que par une bonne compréhension de l’immigration francophone et cela les membres de l’assemblée le savent.

« Les barrières systémiques existent. Il faut reconnaître l’importance de ces immigrants qui apportent des connections », rapportait Léonie Tchatat, mettant en avant l’immigration francophone comme une immigration plurielle et invitant les organismes à s’interroger sur la façon d’accepter de manière équitable tous les francophones.

La réunion s’est terminée sur le sentiment d’un accord entre les représentants des organismes sur les besoins majeurs en termes d’immigration francophone comme le déclarait Lise-Marie Baudry, directrice générale du Centre francophone.

« On a tous discuté des mêmes choses, donc on a un consensus. Il faut une volonté politique. On ne va pas se raconter d’histoires, nous n’aurons jamais un deal come le Québec, mais on peut avoir un meilleur deal que ce que nous avons. »

Les résultats de ces consultations seront officiellement dévoilés avec la parution du livre blanc le 23 mars, à Toronto.